Publié le 24 octobre 2025 16h46. L’économiste James Robinson met en garde contre la dépendance excessive de l’Amérique latine, et notamment du Pérou, à ses ressources naturelles, soulignant que la prospérité durable ne peut être atteinte sans des institutions solides et des investissements dans la population.
- De nombreux pays d’Amérique latine, dont le Pérou, sont fortement tributaires de leurs ressources naturelles, une situation qui freine leur développement économique.
- Le manque d’investissement dans la population et la faiblesse des institutions sont les principaux obstacles à la prospérité, même en présence d’abondantes ressources naturelles.
- L’exemple du Chili, qui a su utiliser ses revenus miniers pour investir dans le développement humain, offre une voie alternative pour l’Amérique latine.
Pour l’économiste James Robinson, la dépendance aux matières premières, qu’il s’agisse de l’agriculture ou de l’exploitation minière – secteur clé de l’économie péruvienne – est un danger pour l’avenir de nombreux pays latino-américains. Il estime que la prospérité ne peut être assurée sans une amélioration significative des institutions et un investissement massif dans le capital humain.
Selon Robinson, le problème ne réside pas dans les ressources naturelles elles-mêmes, mais dans la manière dont les revenus qu’elles génèrent sont utilisés. Il explique que les institutions défaillantes et le manque d’investissement dans la population sont les principaux freins au développement.
« Les pays ont besoin d’investir dans leurs habitants. Ce sont les habitants qui rendent un pays riche. Avoir des ressources naturelles n’est ni nécessaire, ni suffisant. »
James Robinson, économiste
Il prend l’exemple de Taïwan, de la Corée du Sud et de la Chine, qui ont connu un succès remarquable malgré un manque de ressources naturelles, grâce à des investissements massifs dans leur population et à des institutions performantes.
Le Pérou, en particulier, est pointé du doigt pour son incapacité à transformer ses richesses naturelles en prospérité durable. L’économiste souligne que l’or et le cuivre, bien que précieux, ne suffiront pas à améliorer le niveau de vie des Péruviens sans des réformes institutionnelles profondes. Il établit un parallèle avec l’Afrique et d’autres régions du monde où l’abondance de ressources naturelles ne se traduit pas par un développement économique significatif.
Cependant, Robinson nuance son analyse en soulignant que le Chili offre un exemple positif. Le pays a réussi à utiliser les revenus tirés de l’exploitation du cuivre pour investir dans le développement humain. Il reconnaît également que le rejet de l’exploitation minière par certains secteurs de la population est compréhensible, car ils ne sont pas convaincus d’en bénéficier.
« En Amérique latine, l’exemple inverse serait celui du Chili, où l’État a réussi à utiliser les richesses minières – comme le cuivre – pour investir plus efficacement dans le développement des personnes. »
James Robinson, économiste
L’économiste rappelle que l’histoire du Pérou est jalonnée d’occasions manquées, depuis l’époque du guano, il y a 170 ans. Il insiste sur le fait que la simple exploitation des ressources naturelles ne suffit pas à garantir la prospérité, et que des changements structurels sont nécessaires. Il souligne également que les institutions péruviennes, bien qu’ayant connu des améliorations, restent fragiles et que l’écart avec les pays d’Amérique du Nord, qui ont connu un développement économique bien plus rapide, est considérable.
« Si l’on regarde 200 ans en arrière, l’Amérique latine et l’Amérique du Nord avaient des niveaux de vie similaires. L’écart actuel est dû aux décisions prises par les pays d’Amérique latine concernant leurs institutions. »
James Robinson, économiste
Face aux défis institutionnels et à la criminalité organisée, Robinson ne croit pas à la solution de la simple volonté politique. Il estime qu’il est essentiel d’organiser la société et de créer un intérêt collectif. Il met en garde contre les risques de populisme et d’autoritarisme, soulignant que les transitions démocratiques en Amérique latine ont souvent été suivies d’instabilité économique et d’hyperinflation.
« Chaque transition démocratique en Amérique latine – au Pérou, en Bolivie, en Argentine, au Brésil – a été suivie d’une hyperinflation, et cela se produit parce que, lorsque la démocratie arrive, chacun veut sa part et le système s’effondre sous la pression. »
James Robinson, économiste
Il conclut que le changement doit venir de la société civile, qui doit s’organiser et revendiquer des institutions plus inclusives et plus efficaces. Il souligne que les élites économiques sont souvent déconnectées des préoccupations de la population et qu’il est essentiel de construire un projet collectif pour l’avenir du Pérou et de l’Amérique latine.

Le Pérou n’a pas réussi pendant des siècles à investir dans sa population, c’est pourquoi il continue de s’intéresser à l’or, au cuivre… Les faits montrent que tout cet or et ce cuivre ne générera pas de véritable prospérité sans améliorations institutionnelles, estime Jmaes Robinson.
