Publié le 2024-10-27 14:35:00. Une étude menée au CHU de Lyon révèle des disparités significatives dans l’adoption de la vaccination contre la variole du singe (mpox) au sein des hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes (HSH), avec un taux d’absorption plus faible chez les personnes vivant avec le VIH (PVVIH) et chez les jeunes.
- Près de la moitié des HSH se présentant aux cliniques IST et VIH du CHU de Lyon pendant la campagne de vaccination mpox 2022-2023 ont reçu une première dose.
- Les utilisateurs de la prophylaxie pré-exposition (PrEP) présentent un taux de vaccination significativement plus élevé (72 %), probablement en raison d’une plus grande sensibilisation aux risques et d’un meilleur accès aux soins.
- Les PVVIH ont affiché un taux de vaccination plus faible, ce qui pourrait être lié à une exposition perçue comme moins élevée aux infections sexuellement transmissibles (IST).
Une analyse approfondie des données recueillies au CHU de Lyon pendant la campagne de vaccination contre la mpox (variole du singe) entre 2022 et 2023 met en lumière des différences notables dans l’adoption de la vaccination au sein de la population des hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes (HSH). L’étude, qui constitue la plus vaste cohorte à ce jour examinant les taux de vaccination et leurs déterminants, révèle que près de 50 % des HSH se présentant aux cliniques spécialisées ont reçu une première dose de vaccin.
Un élément frappant ressort de l’analyse : les hommes utilisant la PrEP (prophylaxie pré-exposition) affichent un taux de vaccination nettement plus élevé, atteignant 72 %. Ce résultat est cohérent avec des données antérieures et s’explique potentiellement par plusieurs facteurs. Les utilisateurs de la PrEP sont souvent plus susceptibles d’avoir plusieurs partenaires sexuels, de participer à des événements sexuels collectifs ou de pratiquer le chemsex, ce qui les expose davantage au risque d’infection par la mpox. Ogaz et al. (2024) ont également souligné ce lien dans une étude menée au Royaume-Uni. De plus, l’utilisation de la PrEP est souvent associée à une plus grande sensibilisation aux risques liés aux IST et à un meilleur accès aux initiatives communautaires promouvant la vaccination.
À l’inverse, les personnes vivant avec le VIH (PVVIH) ont présenté un taux de vaccination inférieur à celui des autres groupes de HSH. Cette observation pourrait s’expliquer par une exposition perçue comme moins élevée aux IST. Il est important de noter que tous les PVVIH ne présentent pas un comportement sexuel à risque élevé, et ne correspondaient donc pas nécessairement à la cible prioritaire de la campagne de vaccination telle que définie par les autorités sanitaires françaises. Cependant, en raison d’une incidence plus élevée de la mpox et de formes sévères de la maladie dans cette population, la vaccination était souvent recherchée ou proposée par les médecins. Mitjà et al. (2023) ont mis en évidence ce phénomène dans une étude portant sur des cas de mpox chez des personnes vivant avec une infection par le VIH avancée.
L’âge est également un facteur déterminant. Les jeunes HSH (de moins de 25 ans) ont affiché un taux de vaccination plus faible, ce qui pourrait être lié à une moindre conscience des risques liés aux IST, comme le suggère Hovaguimian et al. (2024). D’autres obstacles, tels que la peur de la divulgation de leur orientation sexuelle et la stigmatisation, pourraient également jouer un rôle, comme l’ont souligné d’autres chercheurs. Biesty et al. (2024)
Concernant l’impact de la campagne de vaccination sur le contrôle de l’épidémie dans la région Auvergne-Rhône-Alpes, les données suggèrent que la vaccination pré-exposition n’a pas été le principal moteur de la diminution de l’incidence de la mpox. L’épidémie a commencé à décliner avant qu’une proportion significative de la population ne soit immunisée. Cette observation est corroborée par des données similaires provenant des Pays-Bas. Haverkate et al. (2024) Cependant, il est probable que la vaccination ait contribué à prévenir des épidémies secondaires. Des études de modélisation aux États-Unis estiment une diminution de 79 % des cas grâce à la vaccination. Clay et al. (2024), ce qui suggère que l’impact de la vaccination peut varier en fonction du contexte épidémiologique et des mesures de prévention mises en œuvre.
Les chercheurs soulignent que l’étude présente certaines limites. La conception rétrospective a empêché la collecte de données détaillées sur les comportements sexuels à risque, et la période d’inclusion pourrait avoir introduit un biais en excluant les individus qui ne se sont jamais présentés à la clinique. Néanmoins, cette étude constitue une contribution importante à la compréhension des facteurs influençant l’adoption de la vaccination contre la mpox au sein de la population HSH.
