Publié le 18 novembre 2025 15h30. Une étude américaine révèle que le stress maternel pendant la grossesse pourrait être lié à une poussée dentaire plus précoce chez les nourrissons, ouvrant de nouvelles pistes sur l’impact du bien-être de la mère sur le développement de l’enfant.
- Des niveaux élevés de cortisol, l’hormone du stress, chez la mère en fin de grossesse sont associés à une éruption dentaire plus rapide chez le bébé.
- L’étude a porté sur une cohorte de 142 mères issues de milieux socio-économiques défavorisés aux États-Unis.
- Les chercheurs suggèrent que cette précocité pourrait être un indicateur d’un développement biologique accéléré et de potentiels problèmes de santé à long terme.
Les dents de lait, au nombre de 20 chez l’enfant (10 dans chaque mâchoire), jouent un rôle crucial non seulement dans la mastication et la parole, mais aussi dans la préparation de l’éruption des 32 dents permanentes. Normalement, le développement de ces premières dents commence dès la sixième semaine de gestation et leur apparition progressive s’étend de six mois à trois ans après la naissance. Cependant, ce calendrier peut varier considérablement en fonction de facteurs génétiques, géographiques, et de l’état de santé et nutritionnel du nourrisson.
Une nouvelle recherche menée par des scientifiques américains apporte un éclairage sur un facteur jusqu’alors méconnu : le stress maternel. Les résultats, publiés dans la revue Frontières de la santé bucco-dentaire, suggèrent un lien entre les niveaux d’hormones liées au stress chez la mère et le moment de l’éruption dentaire chez son enfant.
« Nous montrons ici que des niveaux plus élevés d’hormones liées au stress chez la mère, en particulier de cortisol, en fin de grossesse, sont associés à l’éruption précoce des dents primaires chez son nourrisson. »
Dr. Ying Meng, professeur agrégé à la School of Nursing de l’Université de Rochester, États-Unis
L’étude a suivi 142 femmes enceintes, inscrites au centre médical de l’Université de Rochester entre 2017 et 2022, issues de milieux socio-économiques modestes. Des échantillons de salive ont été prélevés à la fin du deuxième et du troisième trimestre de grossesse afin de mesurer les concentrations de cortisol, d’œstradiol, de progestérone, de testostérone, de triiodothyronine et de thyroxine. Des examens dentaires ont ensuite été réalisés à intervalles réguliers (1, 2, 4, 6, 12, 18 et 24 mois après la naissance) pour évaluer l’éruption des dents de lait.
L’analyse des données a révélé que les femmes présentant les taux de cortisol les plus élevés avaient en moyenne quatre dents de plus chez leur enfant à l’âge de six mois, comparativement à celles affichant les taux les plus faibles. Par ailleurs, 36,6 % des femmes participantes avaient reçu un diagnostic de dépression ou d’anxiété pendant leur grossesse, mais ce diagnostic n’a pas été corrélé à leurs niveaux hormonaux ou au nombre de dents ayant fait éruption chez leurs enfants.
Les chercheurs avancent que des niveaux élevés de cortisol maternel pourraient perturber la croissance fœtale et le métabolisme minéral, affectant notamment la régulation du calcium et de la vitamine D, essentiels à la minéralisation des os et des dents. Le cortisol influence également l’activité des ostéoblastes et des ostéoclastes, les cellules responsables de la formation et du remodelage osseux.
« Ces résultats renforcent l’idée que le stress prénatal peut accélérer le vieillissement biologique chez les enfants », souligne le Dr. Meng. « L’éruption prématurée des dents pourrait ainsi servir de signal d’alarme précoce, indiquant un développement buccal et une santé globale potentiellement compromis, en particulier chez les enfants issus de milieux socio-économiques défavorisés et exposés au stress prénatal. »
L’étude a également mis en évidence des associations, plus faibles, entre les niveaux d’œstradiol et de testostérone chez la mère et le nombre de dents ayant fait éruption chez l’enfant à 12 mois, ainsi qu’entre les niveaux de progestérone et de testostérone et le nombre de dents à 24 mois. Une association similaire, bien que statistiquement significative mais limitée, a été observée entre le niveau de triiodothyronine et le nombre de dents à 18 et 24 mois. Ces hormones sexuelles sont connues pour jouer un rôle dans le développement fœtal et le poids à la naissance.
Les chercheurs appellent à poursuivre les investigations pour mieux comprendre les mécanismes en jeu et déterminer si l’éruption dentaire précoce est effectivement un indicateur de problèmes de santé à long terme. Ils souhaitent notamment identifier les hormones maternelles et les voies de développement impliquées dans ce phénomène, ainsi que la relation précise entre l’éruption accélérée des dents et le vieillissement biologique. Lien vers l’article original.
