Publié le 10 décembre 2025 à 13h00. Un couple de l’Arizona est accusé de maltraitance et de meurtre après la mort de leur enfant de cinq mois, conséquence d’un régime alimentaire extrême et d’une méfiance envers les soins médicaux conventionnels, révélant un problème croissant de désinformation en matière de santé.
- Un enfant de cinq mois est décédé et trois de ses frères et sœurs ont été hospitalisés en raison de malnutrition sévère.
- Les parents sont accusés de meurtre au premier degré et de maltraitance infantile, ayant imposé à leurs enfants un régime alimentaire alcalin restrictif.
- La désinformation médicale en ligne, notamment concernant les vaccins et les traitements médicaux, est pointée du doigt comme un facteur aggravant.
Un couple de l’Arizona, Tremaure Stanley, 25 ans, et Janiece Brooks, 26 ans, risque de lourdes peines de prison après la mort de leur plus jeune enfant, survenue en juillet 2023. Les autorités ont découvert que les parents avaient soumis leurs quatre enfants à un régime alimentaire extrêmement restrictif, basé sur une interprétation erronée du régime alcalin, et avaient évité de consulter des professionnels de la santé.
Selon les archives judiciaires, les trois enfants survivants, âgés de 2, 4 et 5 ans à l’époque, ont été hospitalisés pour malnutrition sévère, notamment du rachitisme, de l’ostéopénie et une carence en vitamine D, ainsi que pour des retards de développement importants. Le couple a été inculpé de meurtre au premier degré et de quatre chefs d’accusation de maltraitance infantile. Ils ont rencontré les procureurs le 1er décembre pour discuter d’un éventuel accord de plaidoyer.
Les procureurs affirment que les préjudices subis par les enfants découlent d’une application extrême du régime alcalin, combinée à une méfiance croissante envers les soins médicaux traditionnels. Les parents auraient puisé leurs informations dans des vidéos et des publications en ligne déconseillant les vaccins, les traitements médicaux pour nourrissons et même des médicaments courants comme le paracétamol (Tylenol). Ils auraient également limité les contacts extérieurs et évité les visites médicales régulières.
Cette tragédie met en lumière un problème de plus en plus préoccupant : la prolifération de la désinformation médicale en ligne. Un sondage réalisé en 2024 par la Kaiser Family Foundation révèle que la majorité des Américains sont confrontés à de fausses informations sur la santé sur internet, et que beaucoup d’entre eux ont du mal à déterminer leur exactitude. Près de 70 % des médecins interrogés estiment que la confiance des patients a diminué entre 2020 et 2022, tandis que seulement 21 % des Américains partagent cette opinion, selon un sondage de 2023.
Des experts soulignent l’importance cruciale de savoir distinguer les faits de la fiction, en particulier lorsqu’il s’agit de santé. Ils insistent également sur la nécessité de s’assurer que les protocoles de santé et les régimes alimentaires ne sont pas influencés par des considérations politiques ou idéologiques, afin d’éviter des situations aussi dramatiques.
« La désinformation n’est pas un simple point de vue ; elle cause de réels dommages. Elle nuit aux médecins, à la pratique médicale et au public américain. »
Brian Castrucci, président de la Fondation de Beaumont
Le régime alcalin, en particulier, est devenu une source de désinformation dangereuse et répandue. Il repose sur la croyance infondée selon laquelle modifier l’acidité du corps peut guérir des maladies ou « détoxifier » l’organisme. Dans le cas de l’Arizona, le régime alimentaire imposé aux enfants consistait principalement en légumes, fruits et laits végétaux, avec une carence quasi totale en protéines, graisses et nutriments essentiels.
Les parents auraient interprété la perte de poids rapide des enfants comme une preuve de l’efficacité du régime, plutôt que comme un signe de crise médicale. “Nous avons choisi ce régime pour être en bonne santé”, a déclaré Stanley devant le tribunal lors d’une audience le 1er décembre.
Ce type de régime a également été promu, à tort, comme une solution pour les personnes atteintes de cancer et comme un remède contre le COVID-19. Or, les études scientifiques ont démontré que les régimes alimentaires n’affectent pas le pH des cellules ou des tissus sanguins et qu’il n’existe aucune preuve qu’un régime alcalin puisse prévenir ou guérir le coronavirus.
Jonathan Stea, psychologue clinicien et professeur adjoint à l’Université de Calgary, explique que les régimes extrêmes fonctionnent souvent moins comme des tendances que comme des systèmes de croyance. Il souligne que la confiance du public dans les institutions scientifiques s’est érodée, créant un terrain fertile pour la propagation de la désinformation, en particulier dans les domaines de la nutrition et du bien-être.
La politisation de la science contribue également à ce phénomène. Les individus ayant des convictions politiques fortes peuvent interpréter les mêmes informations de manière différente, en fonction de leurs propres biais et systèmes de croyance. La désinformation peut également engendrer une fatigue mentale et physique, selon David Novillo Ortiz, chef de l’unité de littératie en matière de santé numérique à l’Organisation mondiale de la santé.
Les professionnels de la santé recommandent de toujours discuter des nouvelles informations concernant sa santé avec son médecin traitant. La Dre Franziska Haydanek, obstétricienne-gynécologue et éducatrice en santé en ligne, conseille de poser des questions précises à son médecin pour évaluer si l’on répond aux critères d’un diagnostic.
Source : Miguel Torres, Arizona Republic ; Alyssa Goldberg, USA TODAY
