Publié le 11 décembre 2025 à 13h14. Face à une exposition croissante des jeunes aux risques en ligne, le Danemark envisage une interdiction radicale de l’accès aux réseaux sociaux pour les moins de 15 ans, rejoignant ainsi une tendance internationale à la régulation de ces plateformes.
- Le Danemark pourrait devenir le premier pays de l’Union européenne à adopter une telle mesure.
- L’Australie a récemment mis en place une interdiction similaire pour les moins de 16 ans.
- Un nouveau système de certification numérique est en préparation pour faire appliquer la future loi.
Copenhague, Danemark – Le gouvernement danois a annoncé avoir trouvé un accord multipartite pour limiter drastiquement l’accès des mineurs aux réseaux sociaux. Cette initiative, qui pourrait entrer en vigueur dès le milieu de l’année 2026, vise à protéger les enfants et les adolescents des dangers potentiels du monde numérique, tels que le cyberharcèlement et l’exposition à des contenus inappropriés.
L’accord, conclu entre trois coalitions au pouvoir et deux partis d’opposition, prévoit une interdiction totale de l’accès aux réseaux sociaux pour les moins de 15 ans. Une dérogation pourrait être accordée aux enfants de 13 ans, à la discrétion de leurs parents, mais les détails de cette disposition restent à préciser.
Caroline Stage, ministre danoise des Affaires numériques, a souligné la nécessité d’agir face à une réalité alarmante : malgré les règles d’âge fixées par les plateformes, près de 98 % des enfants danois de moins de 13 ans possèdent un profil sur au moins un réseau social, et près de la moitié des enfants de moins de 10 ans y sont également présents.
« Depuis trop longtemps, nous avons laissé les plateformes de médias sociaux opérer librement dans les salles de jeux de nos enfants. Il n’y a eu aucune limite. »
Caroline Stage, ministre des Affaires numériques
La ministre a comparé cette situation à l’absence de contrôle d’âge dans les établissements de nuit, soulignant le besoin d’une régulation similaire dans le monde numérique.
Cette annonce intervient alors que l’Australie a commencé cette semaine à appliquer une interdiction des réseaux sociaux pour les moins de 16 ans, sous peine d’amendes pouvant atteindre 50 millions de dollars australiens (environ 33 millions de dollars américains) pour les plateformes qui ne respecteraient pas cette règle.
L’initiative danoise suscite des réactions mitigées. Si certains parents se félicitent de cette mesure, estimant qu’elle permettra de protéger leurs enfants, d’autres craignent qu’elle ne les isole de leurs communautés virtuelles.
« J’ai des amis que je ne connais qu’en ligne, et si je n’avais pas encore quinze ans, je ne pourrais plus parler avec eux. »
Ronja Zander, étudiante de 15 ans
Chloé Courage Fjelstrup-Matthisen, une lycéenne de 14 ans, a témoigné de son expérience face à des contenus choquants diffusés sur les réseaux sociaux, notamment une vidéo d’une fusillade qu’elle a visionnée malgré son jeune âge.
Line Pedersen, une mère de famille, a exprimé son soutien au projet de loi, estimant que les parents ont sous-estimé les risques liés à l’utilisation précoce des réseaux sociaux par leurs enfants.
« Je ne pense pas que les jeunes sachent vraiment ce qui est normal et ce qui ne l’est pas. »
Line Pedersen, mère de famille
Pour mettre en œuvre cette interdiction, les autorités danoises prévoient de s’appuyer sur une nouvelle application de « preuves numériques », dont le lancement est prévu au printemps prochain. Cette application permettra de vérifier l’âge des utilisateurs et de garantir le respect des limites d’âge fixées par la loi.
Certains experts soulignent toutefois que les restrictions ne sont pas toujours efficaces et peuvent porter atteinte aux droits des enfants et des adolescents. Anne Mette Thorhauge, professeure associée à l’Université de Copenhague, a mis en garde contre les conséquences potentielles sur la participation des jeunes à la vie sociale et démocratique.
« Les médias sociaux, pour de nombreux enfants, sont ce que les médias audiovisuels étaient pour ma génération. C’était une façon de se connecter à la société. »
Anne Mette Thorhauge, professeure associée à l’Université de Copenhague
La législation européenne sur les services numériques, en vigueur depuis deux ans, impose déjà aux plateformes de médias sociaux de mettre en place des mesures de protection pour les jeunes utilisateurs, notamment des contrôles parentaux et des outils de vérification de l’âge. Cependant, les autorités européennes reconnaissent les difficultés liées à l’application de ces réglementations.
Outre le Danemark et l’Australie, d’autres pays envisagent également de renforcer la régulation des réseaux sociaux pour les mineurs. La Malaisie devrait interdire les comptes de réseaux sociaux aux personnes de moins de 16 ans à partir du début de l’année prochaine, et la Norvège prend également des mesures dans ce sens. La Chine a quant à elle imposé des limites au temps de jeu en ligne et à l’utilisation des smartphones pour les enfants.
