Publié le 5 octobre 2025 à 21h00. L’Afrique du Sud renforce son soutien financier aux entreprises minières locales détenues par des entrepreneurs noirs, avec un nouveau fonds destiné à combler un déficit de financement chronique et à stimuler le secteur extractif.
- Le Fonds d’exploration minière junior (JMEF) double son enveloppe à 240 millions de rands (environ 12,7 millions de dollars).
- Le programme cible dix minéraux stratégiques, dont le lithium, le cuivre et l’or.
- L’initiative pourrait servir de modèle pour d’autres pays africains confrontés à des défis similaires en matière de financement minier.
Le ministère sud-africain des Ressources minérales et du pétrole a annoncé, le 30 septembre dernier, le lancement de la deuxième phase de son programme de financement dédié aux entreprises minières juniors. Cette initiative vise à répondre à un problème majeur auquel sont confrontées les jeunes entreprises minières africaines : le manque d’accès au capital.
Le JMEF, dont l’enveloppe totale s’élève désormais à 240 millions de rands (environ 12,7 millions de dollars), représente un doublement des 160 millions de rands (environ 9,2 millions de dollars) alloués à huit entreprises lors de la première édition en 2024. Le fonds soutient l’exploration de dix minéraux considérés comme stratégiques, notamment le lithium, le cuivre et l’or.
Pour être éligibles à ces subventions, les entreprises minières doivent justifier d’une licence d’exploration valide, ne pas être cotées en bourse et être détenues et contrôlées à au moins 51% par des communautés sud-africaines noires historiquement désavantagées. Le JMEF se réserve toutefois la possibilité de prendre une participation allant jusqu’à 49% dans le capital d’une entreprise en cas de découverte d’un gisement commercialement viable.
Cette initiative sud-africaine intervient alors que les politiques de contenu local sont au cœur des débats en Afrique de l’Ouest. Selon Charles Bourgeois, avocat basé à Paris, le principal obstacle pour les entreprises minières locales n’est pas un manque d’expertise technique, mais bien l’accès au financement. Il souligne que :
« La différence entre un mineur junior australien et une société à responsabilité limitée malienne, tous deux détenteurs d’un permis d’exploration aurifère au Mali, ne réside pas dans une expertise technique ou des compétences géologiques, mais simplement dans l’accès à la finance. »
Charles Bourgeois, avocat (interviewée par Ecofin Agency en 2022)
Si Bourgeois estime que la Bourse de Johannesburg est actuellement le seul environnement propice à la levée de fonds pour les jeunes entreprises minières africaines, le Dr Ahamadou Mohamed Maiga plaide pour un soutien direct accru de l’État. Dans une interview accordée à Ecofin Agency en 2025, le Dr Maiga, dirigeant de la société de conseil Corexis spécialisée dans les industries extractives, a recommandé aux gouvernements d’investir directement dans les entreprises locales :
« Cela implique notamment la mobilisation des ressources nationales existantes, en commençant par les fonds de dépôt et de consignation, qui détiennent des milliards de francs CFA et sont souvent sous-utilisés. Ces structures pourraient devenir de véritables prêteurs pour les entreprises locales, finançant des projets miniers dirigés par des entrepreneurs nationaux. »
Dr Ahamadou Mohamed Maiga, Corexis (interviewé par Ecofin Agency en 2025)
Bien que l’expérience sud-africaine démontre la faisabilité d’un soutien étatique, les montants engagés restent pour l’instant limités. Selon S&P Global Market Intelligence, les sociétés minières opérant en Afrique ont investi environ 1,3 milliard de dollars dans l’exploration en 2024. Sur les marchés australiens et canadiens, un seul jeune mineur actif sur le continent peut souvent lever, en une seule transaction, un montant équivalent à l’ensemble de l’allocation prévue par le JMEF pour 2025.
