Publié le 2024-02-29 18:35:00. Dans un contexte de tensions croissantes avec les États-Unis, le régime vénézuélien est accusé d’intensifier la persécution des citoyens américains sur son territoire, possiblement dans le but d’obtenir des concessions diplomatiques.
- Au moins cinq citoyens américains sont actuellement détenus au Venezuela.
- Ces arrestations coïncident avec un renforcement de la pression militaire et économique américaine sur Caracas.
- Le Venezuela pourrait utiliser ces détentions comme levier de négociation, à l’instar de la Russie dans le passé.
Les forces de sécurité vénézuéliennes ont multiplié ces derniers mois les arrestations de citoyens américains, selon des sources américaines. Cette intensification survient alors que Washington durcit sa politique à l’égard du régime de Nicolás Maduro, notamment par le biais de sanctions économiques et d’une présence militaire accrue dans les Caraïbes.
Un responsable américain, cité par la chaîne de télévision CNN, a confirmé la détention d’au moins cinq ressortissants américains au Venezuela, bien que l’identité de la majorité d’entre eux n’ait pas été officiellement révélée. Les conditions de détention de ces étrangers sont décrites comme précaires et abusives.
Cette vague d’arrestations intervient en parallèle d’une escalade de la campagne américaine contre Caracas, qui inclut depuis quatre mois le déploiement d’une marine dans les Caraïbes, des opérations de la CIA contre les infrastructures portuaires vénézuéliennes et un blocus des pétroliers sanctionnés. Parallèlement, des sanctions ont été imposées à Maduro et à son entourage, augmentant la pression diplomatique et économique sur le pays.
Selon Washington, cette stratégie de détention de citoyens américains pourrait viser à accroître la capacité de négociation de Caracas lors de futurs pourparlers diplomatiques ou en réponse aux actions américaines. Cette tactique rappelle celle employée par la Russie, un allié du Venezuela, qui a par le passé retenu des Américains dans l’espoir d’obtenir des avantages diplomatiques.
Parmi les cas connus, celui de James Luckey Lange, un New-Yorkais de 28 ans, dont la famille a signalé sa disparition après avoir traversé la frontière sud du Venezuela en décembre, suscite l’inquiétude. Selon le New York Times, Luckey-Lange serait entré au Venezuela dans le cadre d’un voyage en Amérique du Sud, intéressé par l’extraction de l’or dans la région amazonienne. Sa famille affirme que les autorités américaines n’ont fourni aucune information sur sa situation.
D’autres cas notables incluent ceux d’Aidel Suarez, né à Cuba et résident permanent aux États-Unis, et de Jonathan Torres Duque, un Vénézuélien vivant aux États-Unis sous un statut de protection temporaire, arrêté après son retour au Venezuela en 2024. Sa mère, Rhoda Torres, a déclaré au New York Times que son fils avait été arrêté en raison de son accent américain et de son apparence physique.
Historiquement, le Venezuela a déjà utilisé la détention de citoyens américains comme outil de pression dans les négociations bilatérales. Après le début du second mandat de Donald Trump, l’envoyé spécial du président, Richard Grenell, avait négocié la libération de 17 personnes, dont des citoyens et des résidents permanents.
Cependant, la suspension de ce dialogue a coïncidé avec une augmentation des arrestations, parallèlement au renforcement des mesures coercitives de Washington. L’amiral à la retraite James Stavridis a mis en garde contre les risques d’escalade de cette situation, déclarant au New York Times : «
Maduro joue avec le feu en essayant cette approche avec l’administration Trump.
»
Renzo Huamanchumo Castillo, un Américano-Péruvien libéré en juillet dernier dans le cadre d’un échange de prisonniers, a témoigné auprès du New York Times avoir subi des violences physiques répétées et un manque de procédure judiciaire pendant sa détention, initialement pour terrorisme. «
Plus tard, nous avons réalisé que ce n’était qu’un symbole
», a-t-il expliqué, percevant une motivation politique derrière son emprisonnement.
Les familles des détenus, comme Rhoda Torres, soulignent que les Américains ne sont pas les seuls concernés et que l’opacité règne sur les situations individuelles. Le Venezuela maintient actuellement des centaines de prisonniers politiques suite aux élections de 2024, bien qu’aucun Américain ne figure actuellement parmi eux selon les informations disponibles.
Ni le Département d’État américain ni la Maison Blanche n’ont répondu aux demandes de commentaires des médias américains. L’ambassade des États-Unis en Colombie, responsable des affaires consulaires au Venezuela, a renvoyé les demandes au Département d’État, sans fournir d’informations supplémentaires. Le ministère de la Communication vénézuélien n’a pas non plus fourni d’informations sur les cas signalés.

