Publié le 28 septembre 2025 16h13. La marine allemande prévoit d’augmenter significativement sa commande de frégates de défense aérienne de nouvelle génération, en passant de cinq à huit unités, face à un contexte sécuritaire européen en mutation. Cette décision s’accompagne d’une réévaluation du programme F126, retardé par des difficultés techniques, et de l’étude de solutions provisoires pour maintenir les capacités de lutte anti-sous-marine.
- La marine allemande envisage de commander huit frégates F127, optimisées pour la défense aérienne et antimissile balistique.
- Le programme F126, dédié à la lutte anti-sous-marine, est confronté à des retards importants et fait l’objet d’une réévaluation.
- Une solution provisoire, basée sur la construction de frégates MEKO 200, est à l’étude pour combler le déficit de capacités à court terme.
L’augmentation de la commande de frégates F127 s’inscrit dans une volonté de renforcer les capacités de défense aérienne de l’Allemagne, notamment face à la menace croissante de missiles. Selon des sources fiables relayées par Hartpunkt, le budget alloué à ces nouveaux « défenseurs de l’air » s’élèverait à environ 26 milliards d’euros (chiffre qui inclut également les systèmes d’armes), une proposition qui sera soumise au comité du budget en juin 2026.
Ces navires, construits conjointement par TKMS et NVL au sein d’une coentreprise dont TKMS détient la majorité, seront basés sur la conception MEKO A-400 AMD. Ils intégreront le système de commandement et de contrôle Aegis de Lockheed Martin, ainsi que le radar Spy-6 de Raytheon, privilégié par rapport au Spy-7 de Lockheed Martin. L’inspecteur général des forces armées allemandes aurait déjà officialisé ce choix, bien qu’une révision ne soit pas exclue si les États-Unis exigeaient une contribution aux coûts de développement du SPY-6, ce qui pourrait ajouter plusieurs centaines de millions d’euros au programme.
Parallèlement, le programme F126, initialement conçu pour la guerre anti-sous-marine, est confronté à des difficultés majeures. Des problèmes logiciels chez l’entrepreneur néerlandais Prime Damen ont empêché la transmission correcte des données de construction aux chantiers navals allemands. Plusieurs options sont actuellement à l’étude : poursuivre le programme avec Damen, l’annuler complètement, ou confier la direction du projet à des acteurs allemands.
Une quatrième voie, proposée par Harald Fassmer, président de l’association allemande de construction navale et de technologie marine (VSM), consiste à poursuivre le projet F126 tout en mettant en place une solution provisoire. Cette approche, actuellement examinée à Berlin, permettrait de capitaliser sur les investissements déjà réalisés et l’engagement de sous-traitants comme Thales, qui a déjà investi des ressources considérables dans le projet. La responsabilité principale du projet pourrait être transférée à NVL, déjà le plus important sous-traitant, notamment via sa filiale Blohm + Voss.
Pour pallier l’urgence de maintenir les capacités de lutte anti-sous-marine, la construction de frégates de classe MEKO 200 par TKMS est envisagée. Ce type de navire, flexible et éprouvé, pourrait être rapidement opérationnel grâce à des chaînes de production et d’approvisionnement établies, et serait adaptable aux opérations dans l’Arctique. Les premiers navires pourraient être livrés dès l’automne 2029, pour un coût estimé à un peu plus du double d’une frégate F126.
Cependant, selon des sources au sein de la Bundeswehr, l’acquisition simultanée des F126 et des MEKO 200 est jugée peu probable en raison de contraintes organisationnelles, notamment avec le retour en service prévu des frégates F123 modernisées dans deux ans. Les initiés s’attendent donc à un choix entre les deux programmes, le F126 étant susceptible de se poursuivre en priorité. Une décision finale concernant les prochaines étapes du programme F126 doit être prise rapidement pour garantir le niveau de préparation opérationnelle des forces navales allemandes dans les années à venir. Cette situation a déjà des conséquences sur les chantiers navals, avec des périodes de chômage partiel chez GNYK à Kiel, en raison de l’absence de commande concrète pour le projet F126.
