Publié le 28 septembre 2025 17:44:00. Une étude internationale d’envergure révèle que les personnes souffrant de troubles mentaux ont tendance à choisir des partenaires présentant les mêmes difficultés, une tendance qui se maintient à travers les générations et les cultures.
- Plus d’un milliard de personnes dans le monde sont touchées par des troubles mentaux, selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS).
- L’étude, basée sur l’analyse des données de 15 millions de personnes, a identifié une corrélation significative entre les troubles mentaux des partenaires.
- Cette tendance à l’association entre personnes partageant les mêmes troubles est observée dans différentes cultures, notamment au Danemark, en Suède et à Taïwan.
Des comportements compulsifs comme se laver les mains de manière excessive, une incapacité à sortir du lit en raison de la dépression, ou encore un flux incessant de pensées intrusives : les troubles mentaux se manifestent de multiples façons. Selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), plus d’un milliard de personnes à travers le monde en sont affectées. Pourtant, malgré ce chiffre important, la majorité de la population mondiale jouit d’une bonne santé mentale.
Une étude récente, publiée fin août par la revue Nature, met en lumière un phénomène intrigant : les individus souffrant de troubles mentaux ont une propension à s’associer à d’autres personnes présentant des diagnostics similaires. Les chercheurs ont analysé les données de 15 millions de personnes, en se concentrant sur neuf troubles cliniques : la schizophrénie, le trouble bipolaire, la dépression, l’anxiété, le trouble déficitaire de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH), l’autisme, les troubles obsessionnels-compulsifs, la toxicomanie et l’anorexie.
Les résultats indiquent qu’un diagnostic chez l’un des partenaires augmente considérablement la probabilité que l’autre souffre également d’un trouble mental, et qu’il s’agisse souvent du même trouble.
« Nous avions supposé que les personnes souffrant d’anxiété ou de dépression rechercheraient un partenaire stable et sécurisant. Mais il s’avère que c’est souvent le contraire qui se produit. »
Robert Plomin, professeur de génétique comportementale au King’s College de Londres
Robert Plomin, qui n’a pas participé à l’étude, nuance cependant les conclusions, soulignant la nécessité d’examiner de plus près la force de cette corrélation. Il estime que la transparence sur la méthodologie serait préférable. Néanmoins, il reconnaît que l’ampleur de l’échantillon – 15 millions de personnes – confère une crédibilité importante aux résultats.
Une tendance mondiale
Les premières observations suggérant que les personnes atteintes de troubles mentaux ont tendance à se regrouper remonte aux années 1960. Cependant, les études de l’époque manquaient de rigueur. Il y a seulement une dizaine d’années qu’une première enquête à grande échelle a été menée, mais elle se limitait aux patients d’Europe du Nord.
L’étude actuelle, dirigée par Chun Chieh Fan, chercheur en génétique des populations à l’Institut Laureate de recherche sur le cerveau en Oklahoma, visait à déterminer si ce schéma de choix de partenaires était universel. Pour ce faire, les chercheurs ont collecté des données dans trois pays : le Danemark, la Suède et Taïwan.
« Ce qui est surprenant, c’est que la similitude entre les cultures était presque identique. »
Chun Chieh Fan, auteur de l’étude
Cette similitude a été observée pour la plupart des troubles, à l’exception des troubles obsessionnels-compulsifs, du trouble bipolaire et de l’anorexie. À Taïwan, par exemple, les couples mariés étaient plus susceptibles de souffrir de troubles obsessionnels-compulsifs qu’en Europe du Nord.
Une autre observation importante est que la probabilité que les partenaires reçoivent le même diagnostic est restée stable au fil des décennies, comme le montrent les données taïwanaises collectées sur une période de 50 ans. Seule la probabilité de troubles obsessionnels-compulsifs a diminué.
« Et cela, bien que le système de santé, la politique et la société taïwanaise aient considérablement évolué au cours de cette période », souligne Chun Chieh Fan.
Mais pourquoi les personnes atteintes de troubles mentaux ont-elles tendance à s’associer à d’autres personnes qui partagent les mêmes difficultés ? Trois explications possibles sont avancées : la recherche d’une personne avec laquelle on s’identifie, l’influence d’un environnement partagé, ou encore la stigmatisation associée à la maladie mentale qui conditionne le choix des partenaires.
Selon l’auteur de l’étude, la première option – la recherche d’une personne avec laquelle on s’identifie – semble être la plus plausible. Ce choix de partenaires partageant des caractéristiques similaires est techniquement appelé « choix apaisant des partenaires ». Les raisons pourraient être une meilleure compréhension mutuelle de la maladie ou la présence de traits de personnalité positifs partagés, comme une plus grande créativité.
L’étude ne permet toutefois pas de déterminer si la relation précède le trouble mental ou vice versa. Pour répondre à cette question, une observation à long terme serait nécessaire, selon Robert Plomin.
De plus, il reste incertain si ces couples vivent en harmonie dans le mariage. Une similitude psychologique favoriserait-elle une relation épanouissante ou aggraverait-elle les troubles ? Des études à long terme sont également nécessaires pour éclaircir ce point.
En conclusion, l’étude ne permet pas de formuler des recommandations concernant le choix des partenaires.
Les enfants souffrent (et tombent malades) ensemble
L’étude révèle également un aspect préoccupant : les enfants dont les parents souffrent du même trouble ont deux fois plus de chances de développer un trouble mental par rapport aux enfants dont un seul parent est affecté.
« La transmission d’un trouble mental est amplifiée par le choix du partenaire », explique Fan. Cet effet est particulièrement marqué en cas de schizophrénie, de dépression, de trouble bipolaire ou de dépendance.
Pour les médecins et les thérapeutes, cela souligne l’importance de prendre en compte la famille dans le traitement. Les partenaires et les enfants concernés pourraient bénéficier d’une thérapie et d’un suivi psychologique.
