Publié le 2026-01-02 18:02:00. L’île de Panay, aux Philippines, voit se multiplier les initiatives de reforestation combinant technologies de pointe, engagement communautaire et finance carbone, dans un effort pour restaurer des écosystèmes forestiers gravement dégradés. Ces projets visent à inverser la tendance à la déforestation et à renforcer la résilience de l’île face aux changements climatiques.
- La déforestation massive a réduit la couverture forestière ancienne des Philippines à seulement environ 3 %.
- Des technologies comme les drones et l’intelligence artificielle sont déployées pour améliorer l’efficacité du reboisement et le suivi des résultats.
- La Sulu Garden Foundation (SGF) joue un rôle central dans ces efforts, en mettant l’accent sur la restauration écologique et l’implication des communautés locales.
Les forêts de l’île de Panay, située dans la région des Visayas occidentales aux Philippines, ont subi des décennies de dégradation dues à l’exploitation forestière, à l’extraction minière et aux pratiques agricoles destructrices. Cette situation a entraîné une perte significative de biodiversité, affaibli les ressources en eau, augmenté les risques de glissements de terrain et contribué aux émissions de carbone. Face à ces défis, une approche innovante combinant restauration écologique, solutions financières et avancées technologiques se met en place.
Récemment, des discussions aux Philippines ont mis en lumière le potentiel de la technologie pour accélérer le reboisement. Cette méthode permet non seulement une récupération plus rapide des forêts, mais aussi un suivi plus précis et un lien direct entre les résultats écologiques et le financement basé sur le carbone. Un forum clé, organisé en décembre 2025 à Iloilo, a réuni des représentants d’agences gouvernementales, du monde universitaire, de l’armée et de la société civile pour explorer l’utilisation de drones, de cartographie par intelligence artificielle et d’autres outils dans la restauration des paysages endommagés de Panay. L’événement a été accueilli par la Sulu Garden Foundation (SGF).
La SGF, une organisation à but non lucratif basée à Panay, s’engage activement dans la restauration écologique et le reboisement axé sur les communautés. Elle développe des stratégies de plantation fondées sur la recherche, soutient la conservation de la biodiversité dans les zones dégradées et travaille en étroite collaboration avec les acteurs locaux pour améliorer la régénération des forêts. Ces initiatives s’appuient sur des programmes nationaux tels que le Programme national d’écologisation (NGP) du ministère de l’Environnement et des Ressources naturelles. En 2022, le NGP a permis de planter près de 2 millions de plants sur 2 818 hectares.
Bien que le NGP représente une étape importante dans les efforts de reboisement, les experts soulignent que les projets antérieurs ont souvent rencontré des difficultés, avec des taux de survie à long terme rarement supérieurs à 50 %, en particulier dans les zones escarpées, isolées et sujettes aux incendies. Cela souligne la nécessité d’outils de précision, d’une planification adaptative et d’une participation communautaire intégrée.
Les montagnes centrales de Panay, s’étendant sur environ 105 kilomètres et atteignant une altitude d’environ 2 134 mètres, constituent un point chaud de biodiversité majeur aux Philippines. Elles abritent des espèces endémiques, dont beaucoup sont menacées par la perte de leur habitat. La déforestation, l’exploitation forestière illégale et les pratiques agricoles non durables continuent d’éroder la couverture forestière, contribuant à l’érosion des sols et aux inondations en aval.
Les initiatives de reforestation de la SGF à Panay reposent sur trois piliers principaux : une restauration écologique fondée sur la recherche, une gestion dirigée par les communautés et des mécanismes de financement durable grâce aux crédits carbone. En reliant la restauration forestière aux résultats en matière de réduction du carbone, ces efforts contribuent à réduire les émissions de CO₂ liées à la déforestation et incitent les propriétaires fonciers et les communautés à protéger les forêts. Cette approche offre également un cadre pour intégrer les initiatives à petite échelle dans des projets nationaux plus vastes, s’inscrivant dans les stratégies climatiques basées sur la nature.
Dans ce contexte, une collaboration internationale prometteuse se développe entre les Philippines et l’Ukraine. Les deux pays envisagent de travailler ensemble sur la technologie des drones, dans le but de partager leurs connaissances et éventuellement de produire conjointement des drones pour la défense et la recherche. La SGF reconnaît le potentiel de ces outils pour le reboisement et prévoit de tester la cartographie, la dispersion des graines et la surveillance assistées par drone, afin de relever les défis posés par les terrains accidentés et les zones de plantation dispersées.
Lors du forum de décembre, l’ambassadrice ukrainienne, Yuliia Fediv, a rencontré des représentants philippins pour expliquer comment les drones et l’ intelligence artificielle peuvent contribuer au reboisement hybride, une méthode combinant des espèces pionnières à croissance rapide avec des arbres indigènes à croissance plus lente pour imiter la repousse naturelle. La cartographie assistée par drone permet aux équipes de projet de vérifier l’aptitude des terres, d’optimiser la densité de plantation et de suivre la survie des semis en temps réel, des tâches difficiles à réaliser avec les méthodes traditionnelles.
Les experts techniques estiment que ces outils pourraient augmenter les taux de survie des semis, passant des 30 à 50 % habituels à plus de 80 %, en fonction du terrain et de la composition des espèces. Ils facilitent également la détection rapide des zones touchées par des incendies, des ravageurs ou une exploitation forestière illégale, permettant une intervention rapide. La technologie des drones combine la collecte de données, la cartographie et la surveillance, créant une plateforme solide pour mesurer la séquestration du carbone et communiquer des résultats conformes aux normes de vérification internationales.
Des représentants du Département de l’Agriculture VI, du Département des Sciences et Technologies VI et de l’armée philippine ont apporté leur expertise sur la logistique, le déploiement opérationnel et l’intégration avec les équipes communautaires de reboisement. La session a souligné la nécessité de former simultanément les opérateurs de drones, les forestiers et les bénévoles locaux, afin de développer des compétences durables pour les efforts de restauration axés sur la technologie.
Un aspect important des efforts de reboisement de Panay est le potentiel de financement carbone. Les crédits carbone vérifiés permettent aux projets de générer des revenus grâce au CO₂ absorbé par les forêts restaurées, créant ainsi un financement continu pour l’entretien, l’engagement communautaire et la surveillance écologique. Ces crédits de haute qualité reposent sur des systèmes clairs de mesure, de reporting et de vérification (MRV), qui suivent la croissance forestière et l’accumulation de carbone au fil du temps. Des normes telles que Verra et Gold Standard contribuent à garantir la crédibilité sur les marchés mondiaux du carbone.
Les Philippines formalisent de plus en plus leur approche de la tarification du carbone et des mécanismes de marché. Le projet de loi n° 11375, la loi philippine sur la tarification du carbone, met en place un système national de tarification du carbone, encourageant la réduction des émissions dans divers secteurs et allouant des fonds à des projets tels que la reforestation. Ce projet de loi créerait un cadre politique clair pour les projets de carbone forestier, en complément des réglementations environnementales existantes et des accords internationaux sur le climat.
La combinaison des drones, de l’intelligence artificielle et du financement carbone avec une restauration menée par les communautés s’aligne sur des priorités nationales plus larges, améliorant la surveillance et la vérification précises de la comptabilité carbone, renforçant l’engagement local et améliorant la gouvernance environnementale. Des étapes clés pour assurer un succès à long terme comprennent le déploiement de la dispersion des semences assistée par drone sur des sites pilotes à Panay, la recherche sur les variétés de semences optimales et la formation aux systèmes MRV.



Les expériences passées en matière de restauration forestière ont démontré l’importance d’une planification scientifique rigoureuse et d’une coordination étroite entre les parties prenantes. L’intégration de la technologie permet de résoudre de nombreux problèmes rencontrés par les programmes précédents, notamment dans les zones difficiles d’accès, en augmentant la main-d’œuvre et en facilitant le suivi des taux de survie et de la croissance de la canopée au fil du temps. Associées aux cadres émergents de financement carbone, ces innovations offrent des solutions évolutives pour une restauration écologique à grande échelle.
Le forum a également défini les prochaines étapes des projets pilotes :
- Mettre en œuvre une cartographie assistée par drone et la dispersion des graines dans les zones de reboisement ciblées.
- Mener des recherches écologiques pour sélectionner les espèces d’arbres les plus appropriées, en privilégiant un équilibre entre les taux de croissance et les besoins en biodiversité.
- Former les équipes locales aux opérations de drones, à la gestion forestière et aux systèmes MRV.
- Explorer l’intégration avec les marchés du crédit carbone et les incitations politiques potentielles dans le cadre du projet de loi n° 11375.
Ces mesures contribuent à rendre les zones reboisées plus résilientes, équitables et financièrement viables. Les parties prenantes visent à créer un modèle s’appuyant sur des connaissances mondiales, des idées locales et un soutien politique, dans l’espoir qu’il puisse être adapté à d’autres régions des Philippines confrontées à des problèmes de déforestation similaires.
Vers des forêts résilientes au climat
La restauration des forêts de Panay est un projet à long terme qui nécessite une planification minutieuse, un financement adéquat et une collaboration intersectorielle. Le partenariat SGF-Ukraine ouvre une nouvelle ère en adaptant les technologies de défense pour renforcer la résilience écologique, alors que la couverture forestière nationale s’établit à 7 millions d’hectares.
Alors que les Philippines développent leur politique nationale en matière de marché du carbone et mettent en œuvre des politiques de soutien, les efforts de reboisement pourraient devenir plus durables et s’intégrer à des stratégies plus larges d’atténuation du changement climatique.
