L’Opéra de Rome a accueilli avec succès la première représentation italienne d’Adriana Mater, l’opéra complexe et poignant de la compositrice finlandaise Kaija Saariaho, deux ans après son décès. Cette production, saluée par un public de plus en plus enthousiaste à chaque représentation, confirme le renouveau de l’œuvre après un démarrage difficile.
Initialement créée à l’Opéra de Paris en 2006 sans rencontrer le succès escompté, Adriana Mater a connu une seconde vie grâce à une nouvelle version présentée en 2023 à San Francisco par Esa-Pekka Salonen et Peter Sellars, respectivement directeur musical et metteur en scène. Cette production a été unanimement saluée, récompensée par un Grammy Award pour le meilleur enregistrement d’opéra et publiée par un label prestigieux.
La version romaine, reprenant les mêmes interprètes et le même metteur en scène que celle de San Francisco, a bénéficié de la direction d’Ernest Martínez Izquierdo, un collaborateur de longue date de Saariaho. Le chef d’orchestre espagnol a su, avec une attention méticuleuse, extraire toute la puissance dramatique de cette partition exigeante, épaulé par l’Orchestre du Théâtre de l’Opéra de Rome.
L’ensemble, sous la direction de Sellars, a été au cœur de cette interprétation d’Adriana Mater, notamment lors d’un premier acte particulièrement intense et dramatique, ne laissant aucun répit ni aux chanteurs, ni au public. Le second acte, plus contrasté, a mené à une catharsis finale, proposant une résolution optimiste au drame, bien que celle-ci puisse sembler peu convaincante.
Les quatre chanteurs principaux ont offert des performances d’une grande force dramatique, en particulier lors des duos, véritables affrontements passionnés. Saariaho avait confié aux interprètes une tâche vocale particulièrement ardue, exigeant une grande maîtrise technique et une endurance vocale exceptionnelle. On pourrait qualifier le style vocal adopté par la compositrice de « wagnérisme du XXIe siècle », tant il est robuste et alterne constamment entre chant et récitatif.
Fleur Barron a incarné le rôle titre, tandis qu’Axelle Fanyo et Nicolas Phan ont interprété respectivement Refka, sa sœur, et Yonas, son fils. Christophe Purves a donné vie au père violent, Tsargo. Tous les quatre ont été exceptionnels, et il serait difficile d’imaginer des interprètes plus adaptés.
La mise en scène minimaliste de Peter Sellars, initialement conçue pour la salle de concert de l’Orchestre symphonique de San Francisco, s’est avérée particulièrement efficace dans l’espace du théâtre romain. Les chanteurs évoluaient entre les pupitres de l’orchestre et sur deux petites estrades en avant-scène, soulignant ainsi le caractère intimiste et psychologique de l’œuvre. « L’intérêt du public pour l’œuvre s’est accru à chaque représentation, de la première à la dernière, et le succès est devenu de plus en plus retentissant et enthousiaste », a constaté Mauro Mariani, correspondant à Rome pour ÓPERA CURRENT.
