Publié le 6 janvier 2026 à 23h30. Une étude révolutionnaire menée par des paléontologues de l’Université de Chicago révèle que les premiers mammifères, vivant il y a 250 millions d’années, possédaient déjà une audition aérienne sophistiquée grâce à un tympan rudimentaire, bien plus tôt qu’on ne le pensait.
- L’analyse tomodensitométrique (CT) du crâne d’un ancêtre mammifère, le Thrinaxodon liorhinus, a permis de découvrir des indices de l’évolution précoce de l’audition.
- Des simulations biomécaniques ont démontré que le Thrinaxodon était capable d’entendre efficacement les sons aériens grâce à un tympan situé dans le sillon de sa mâchoire.
- Cette découverte remet en question les théories antérieures qui situaient l’apparition de l’audition aérienne chez les mammifères à environ 50 millions d’années.
L’évolution de l’audition est une étape cruciale dans l’histoire des mammifères modernes, leur permettant de percevoir un large éventail de fréquences et de volumes sonores. Cette capacité a probablement joué un rôle déterminant dans la survie de leurs ancêtres à l’époque des dinosaures, en leur offrant un avantage en matière de détection des prédateurs et de communication.
Jusqu’à présent, les scientifiques pensaient que l’oreille moyenne des mammifères, avec son tympan et ses petits os, s’était développée relativement tard dans l’évolution. Cependant, les recherches récentes menées par l’équipe de l’Université de Chicago, en utilisant des techniques d’imagerie de pointe, ont apporté de nouvelles preuves suggérant que cette évolution a commencé beaucoup plus tôt.
L’étude s’est concentrée sur le Thrinaxodon liorhinus, un cynodonte, un groupe d’animaux ayant vécu au début du Trias et présentant des caractéristiques intermédiaires entre les reptiles et les mammifères. Ce spécimen, conservé au Musée de paléontologie de l’Université de Californie à Berkeley, a été soumis à une analyse tomodensitométrique de haute précision au laboratoire UChicago PaleoCT.
Les chercheurs ont ensuite utilisé un logiciel d’analyse par éléments finis, Strand7, couramment utilisé en ingénierie pour évaluer la résistance des structures, afin de simuler la manière dont l’anatomie du Thrinaxodon réagirait à différentes pressions et fréquences sonores. Ils ont intégré des données sur la densité, la flexibilité et l’épaisseur des tissus biologiques pour obtenir des résultats plus précis.
Les simulations ont révélé que le Thrinaxodon possédait un tympan suffisamment grand pour capter efficacement les sons aériens.
« Ces idées ont captivé l’imagination des paléontologues travaillant dans le domaine de l’évolution des mammifères. Cependant, jusqu’à présent, nous n’avons pas eu de tests biomécaniques très solides »,
Alec Wilken, étudiant diplômé à l’Université de Chicago et principal auteur de l’étude
Cette découverte confirme une hypothèse formulée il y a plus de 50 ans par Edgar Allin, paléontologue à l’Université de l’Illinois à Chicago, qui suggérait que les cynodontes comme le Thrinaxodon pouvaient avoir une membrane tympanique. Auparavant, on pensait que ces animaux utilisaient principalement la conduction osseuse, ou “audition de la mâchoire”, pour détecter les vibrations du sol.
Le professeur Zhe-Xi Luo, spécialiste de la biologie et de l’anatomie des organismes à l’UChicago, souligne l’importance de cette avancée :
« Ces simulations logicielles nous montrent que la vibration via le son est essentiellement la manière dont ces animaux pouvaient entendre. »
Zhe-Xi Luo, professeur de biologie et d’anatomie des organismes à l’Université de Chicago
Cette étude ouvre de nouvelles perspectives sur l’évolution de l’audition chez les mammifères et démontre le potentiel des techniques d’imagerie et de simulation biomécanique pour résoudre des énigmes paléontologiques de longue date. Les chercheurs espèrent que ces nouvelles technologies permettront de répondre à d’autres questions sur la vie et le comportement des animaux anciens.
