Publié le 2025-11-19 16:33:00. Les autorités sanitaires cubaines reconnaissent une crise épidémiologique majeure, marquée par une sous-estimation des cas de dengue et de chikungunya, et des difficultés croissantes du système de santé à y faire face.
- Le Dr Francisco Durán García, directeur national de l’épidémiologie au ministère de la Santé publique (MINSAP), a admis que les statistiques officielles ne reflètent pas l’ampleur réelle des infections.
- Le chikungunya est actuellement considéré comme le principal problème de santé publique, avec un nombre croissant de cas et des symptômes sévères, notamment chez les enfants.
- Des pénuries de médicaments, un manque de personnel et d’équipement affectent gravement la lutte anti-vectorielle et la prise en charge des patients.
La situation épidémiologique à Cuba est qualifiée de « complexe » par les autorités, avec une circulation active de la dengue et une expansion rapide du chikungunya dans toutes les provinces. Le Dr Durán García a révélé que le nombre réel de personnes malades est probablement plus élevé que ce qui est officiellement rapporté, car beaucoup ne consultent pas de médecin et ne sont donc pas enregistrées dans les statistiques.
Selon les données du 18 novembre 2025, 1 706 patients atteints de syndrome fébrile non spécifique ont été pris en charge, et 3 226 personnes ont été hospitalisées, dont 84,1 % restent soignées à domicile. Au total, 47 125 patients sont actuellement hospitalisés dans les établissements de santé cubains.
Le chikungunya suscite une inquiétude particulière. Rien que la veille, 3 103 cas suspects ont été signalés, un chiffre jugé « élevé » par le Dr Durán. Les provinces les plus touchées sont Camagüey, Sancti Spiritus, Cienfuegos, Matanzas, Villa Clara, Artemisa, La Havane, Guantanamo et Granma. Actuellement, 2 216 patients diagnostiqués avec le chikungunya sont hospitalisés, dont 126 en soins intensifs et 44 dans un état grave et 19 dans un état critique, tous âgés de moins de 18 ans, soulignant l’impact du virus sur la population infantile.
Concernant la dengue, une maladie endémique à Cuba présente dans 14 provinces et 43 municipalités, le Dr Durán a rappelé qu’elle a déjà causé des décès lors d’épidémies antérieures et qu’elle continue de le faire lors de la vague actuelle, sans toutefois fournir de chiffres actualisés.
Parallèlement, les autorités sanitaires suivent de près l’évolution du virus Oropouche, détecté pour la première fois à Cuba début 2025. Le Dr Durán a assuré qu’aucun nouveau cas n’a été diagnostiqué depuis septembre, tout en maintenant une surveillance épidémiologique active.
Le taux d’infestation par le moustique Aedes aegypti, vecteur de ces maladies, reste élevé à 0,70 %, ce qui, selon le Dr Durán, représente « d’importantes possibilités de transmission ». Malgré les campagnes de fumigation et de réduction des foyers de reproduction, le responsable a admis que les actions menées « restent insuffisantes ». Il a précisé que 79 % des actions prévues ont été réalisées, mais que 223 équipes n’ont pas pu travailler, dont 163 faute de personnel.
Le Dr Durán a également souligné la disponibilité de 3 703 lits équipés pour soigner les patients atteints de chikungunya, assurant qu’il n’y a « aucun patient qui nécessite une admission et ne puisse être hospitalisé ». Cependant, cette déclaration contraste avec les témoignages faisant état de pénuries de médicaments et de l’état de saturation des polycliniques, poussant de nombreux Cubains à préférer rester chez eux.
Le Dr Durán a également reconnu le « désespoir » de nombreux Cubains face à la douleur intense et à la lenteur de la réponse sanitaire. Il a rapporté qu’une patiente lui a confié dans une polyclinique de La Havane « qu’elle mourait de malaise », illustrant la souffrance et l’anxiété causées par la maladie.
Enfin, le responsable a nié la présence du virus du Nil occidental dans le pays, affirmant que l’Institut de médecine tropicale « n’a diagnostiqué aucun cas » après des centaines de tests. Il a cependant reconnu que d’autres arbovirus circulent sur l’île.
L’aveu du Dr Durán, inhabituel dans le discours officiel cubain, confirme les inquiétudes exprimées par de nombreux professionnels de la santé et citoyens sur les réseaux sociaux : la crise sanitaire s’aggrave et le système de santé manque de ressources pour faire face à une épidémie en pleine expansion. Alors que le MINSAP insiste sur des chiffres partiels et appelle à la prudence, la population est confrontée à des pénuries de médicaments, à des carences en matière de fumigation et à des hôpitaux débordés.
