Taylor Swift ne renonce pas à son trône, mais elle semble prête à partager l’estrade. Son douzième album, « The Life of a Showgirl », explore la question de sa succession, tout en affirmant sa propre longévité dans le paysage musical.
L’album, qui sort ce vendredi 24 octobre 2025, fait écho à la conclusion de « The Tortured Poets Department » avec « Clara Bow », une allégorie suggérant que la domination culturelle de Swift pourrait être passée à une nouvelle génération d’artistes féminines. Des noms comme Chappell Roan, Olivia Rodrigo et Sabrina Carpenter sont souvent cités. Cependant, « The Life of a Showgirl » propose une autre perspective : le relais n’a pas eu lieu, mais plutôt un partage de scène.
« Et tous les coups de feu sur les murs / des salles de danse sont du B- – / qui souhaite se dépêcher et mourir », chante Swift, avant d’ajouter avec un clin d’œil : « Mais je suis immortelle maintenant, Baby Dolls / Je ne pourrais pas si j’essayais. » L’album semble désigner Sabrina Carpenter comme une héritière potentielle, la seule artiste explicitement mentionnée. Un glissando de lap steel, le moment le plus country de l’album, accompagne l’introduction de Carpenter, suggérant que le genre western appartient au passé de Swift et à l’avenir de sa jeune consœur.
Swift ne se contente pas de reconnaître Carpenter, elle s’en inspire également. Carpenter a réussi à s’imposer avec des chansons pop concises et des paroles provocatrices. Swift adopte une approche similaire avec « Figure paternelle », une interpolation du titre de George Michael qui aborde la question d’un mentorat. Les paroles, suggestives et sensuelles, ne manquent pas de piquant : « Son amour était la clé / qui a ouvert mes cuisses », chante-t-elle. « Les filles, je n’ai pas besoin d’attraper le bouquet / pour savoir qu’un rocher dur est en route. »
Avec ses 12 titres, « The Life of a Showgirl » tient la promesse de « bangers » pop-tempo, comme le décrit Swift elle-même. Les fans n’auront pas à attendre une « réputation tant attendue », car l’album en incarne l’essence, mais avec une affection nouvelle, rappelant une époque plus sincère.
Swift a toujours intégré les critiques dans son art, notamment avec « Reputation » en 2017. Ici, elle aborde à nouveau sa perception, sur une production luxuriante et dynamique, dans des titres comme « Annuled ! » ou « Elizabeth Taylor ». Sur ce dernier, elle chante : « Hollywood me déteste / tu n’es chaud que tant que ton dernier coup est bon, bébé. » Cette fois, cependant, son amour agit comme un point d’ancrage : « Je ne peux pas m’amuser si je ne peux pas t’avoir », confie-t-elle.
Pour cet album, Swift a collaboré avec les producteurs suédois Max Martin et Shellback, avec lesquels elle avait déjà travaillé sur « Red » (2012), « 1989 » et « Reputation ». L’absence de Jack Antonoff, son collaborateur habituel, est notable. Ce choix s’avère judicieux : au fil des ans, Swift, Shellback et les expérimentations pop de Martin ont non seulement transformé sa carrière, mais aussi le genre musical lui-même. Avant « We Are Never Ever Getting Back Together », une rupture EDM au milieu d’un tube pop était impensable. Après, le style a dominé la moitié de la décennie.
« The Life of a Showgirl » n’est pas aussi révolutionnaire, mais il regorge de swiftismes addictifs et idiosyncratiques : un esprit acerbe et des références littéraires complexes dans des mélodies pop éthérées. Une chanson comme « Opalite », interprétée par une autre artiste, risquerait de perdre son immatérialité sous ses aspirations voluptueuses. Swift, elle, parvient à s’évanouir dans la brume. Des harmonies opalescentes et un swing vintage confèrent à la chanson une qualité presque irisée.
L’album offre également des titres percutants, à l’image de l’ouverture indéniable « The Sort of Ophelia », avec sa livraison vocale évoquant la « tristesse estivale » des années 1980, influencée par Robyn. L’album est parsemé de lignes délicieusement citables, comme : « S’il vous plaît, Dieu, donne-moi une meilleure amie qui, je pense, est séduisante. »
Le vocabulaire dense de Swift est pleinement exposé, souvent avec charme. Cependant, il peut parfois être difficile à suivre, une critique souvent adressée à « The Tortured Poets Department », comme lorsque l’artiste dépasse les limites du raisonnable dans « Figure paternelle », privilégiant une écriture intelligente sur une cadence intelligente.
L’album explore également des thèmes plus contemporains, comme la « pêche à la traîne », les « mèmes » et les « commentaires », qui peuvent sembler artificiels. Cependant, « fille aînée » est une ballade acoustique réfléchie, empreinte d’émotion, dans laquelle Swift exprime son caractère unique et son dévouement profond à un être cher. Elle contraste avec le pop-punk désinvolte de « Really Romantic ». On perçoit l’influence de Hayley Williams dans la voix déformée de la coda de la chanson, ou de Boygenius dans ses harmonies : un autre exemple de Swift s’inspirant de ceux qu’elle a influencés et avec lesquels elle a collaboré sur scène.
Swift a déclaré que « The Life of a Showgirl » devait incarner sa « tournée des époques », un phénomène mondial unique, un événement canonique dans l’histoire de la performance pop. Sur ces 12 pistes, elle se rapproche des paillettes et du glamour, tout en conservant son humanité et son humour. Elle ne perd pas de temps dans les coulisses. Alors, que le spectacle commence.
« The Life of a Showgirl », Taylor Swift
Quatre étoiles sur cinq.
À écouter en boucle : « The Sort of Ophelia », « Opalite »
À zapper : « Cherie »
Pour les fans de : répliques spirituelles, cocktails servis dans des verres en cristal, Las Vegas, poésie.
