Publié le 24 septembre 2024. Un diplomate expérimenté, ayant œuvré dans la résolution de conflits internationaux, critique sévèrement la stratégie occidentale en Ukraine, estimant qu’une série d’erreurs stratégiques ont conduit l’Europe au bord d’une crise majeure.
- L’absence d’une diplomatie collective crédible depuis 2014 a permis l’escalade du conflit russo-ukrainien et une course à l’armement généralisée en Europe.
- Les garanties de sécurité offertes à l’Ukraine se sont avérées illusoires, notamment avec l’annexion de la Crimée en 2014.
- Les promesses d’adhésion à l’OTAN, sans calendrier clair, ont laissé Kiev et Tbilissi dans une zone grise politique dangereuse.
Günther Baechler, diplomate ayant notamment été ambassadeur en Géorgie et en Arménie, dresse un bilan sans concession des relations entre l’Occident et l’Ukraine dans un article publié par le NZZ. Selon lui, l’Europe se trouve aujourd’hui “au bord de la catastrophe” en raison d’une accumulation de maladresses et de choix politiques erronés.
Baechler souligne que, depuis l’annexion de la Crimée en 2014, l’Occident n’a pas su mettre en place une diplomatie collective suffisamment robuste pour contenir le conflit. Au lieu de cela, la situation s’est progressivement étendue, transformant le conflit en une affaire européenne où chaque État privilégie désormais le renforcement de ses capacités militaires plutôt que la recherche d’une solution pacifique.
Le diplomate identifie cinq erreurs majeures. La première réside dans le manque de crédibilité des garanties de sécurité offertes à l’Ukraine. Le mémorandum de Budapest de 1994, censé assurer la sécurité territoriale de l’Ukraine en échange de la renonciation à son arsenal nucléaire, s’est révélé inefficace, les puissances garantes n’ayant pas réagi de manière appropriée à l’annexion de la Crimée.
Deuxièmement, Baechler critique les promesses vagues d’adhésion à l’OTAN faites à l’Ukraine et à la Géorgie. Il considère que le sommet de l’OTAN à Bucarest en 2008 a marqué un tournant négatif dans la diplomatie occidentale, laissant ces deux pays dans un vide politique précaire.
Troisièmement, il dénonce la gestion des cessez-le-feu, en particulier les accords de Minsk, qui ont été régulièrement violés sans faire l’objet d’un soutien international fort. La Russie, selon Baechler, a profité de ce gel du conflit pour se préparer militairement.
Quatrièmement, le diplomate critique le manque de transparence et l’unilatéralisme des formats de discussion mis en place, qui ont marginalisé l’Europe politiquement. Il déplore l’absence d’un processus de négociation européen structuré, laissant place à des initiatives individuelles, notamment de la part des États-Unis.
Enfin, Baechler pointe du doigt l’asymétrie croissante entre l’agresseur et la victime. L’Ukraine, selon lui, est soumise à des restrictions militaires, tandis que la Russie poursuit ses exigences et utilise la propagande pour inverser les rôles et présenter l’Ukraine comme l’instigatrice du conflit.
Dans sa conclusion, Baechler est sans appel : si l’Ukraine renonçait à sa défense, elle cesserait d’exister, laissant place à une « paix du cimetière russe ».
