Stellantis et le Canada : La tension monte autour du transfert de la production de Jeep Compass
Ottawa – Le gouvernement canadien et le constructeur automobile Stellantis sont au bord d’une rupture après des mois de tensions concernant le déplacement de la production du Jeep Compass de l’usine de Brampton, en Ontario, vers l’Illinois, aux États-Unis. Ottawa a formellement notifié Stellantis d’une violation de contrat, accusant le groupe de ne pas respecter les engagements pris en échange de financements publics importants.
La ministre de l’Industrie, Mélanie Joly, a pris la parole devant deux commissions parlementaires pour affirmer que le gouvernement “ne permettra pas que des milliers d’emplois soient mis en péril”. Elle a souligné que la défense de l’industrie automobile est cruciale pour l’économie canadienne.
Stellantis a bénéficié de plus de 500 millions de dollars canadiens (environ 358 millions de dollars américains) ces dernières années pour soutenir ses usines de Brampton et de Windsor. Des fonds supplémentaires, dépassant les 530 millions de dollars, ont été alloués à la coentreprise NextStar Energy, impliquée dans la construction d’une gigafactory de batteries en Ontario. L’annonce, faite en octobre dernier, du transfert de l’assemblage du Compass aux États-Unis, s’inscrit dans un plan d’investissement global de 13 milliards de dollars sur quatre ans, visant à compenser les coûts liés aux droits de douane. Cette décision a cependant exacerbé le conflit avec Ottawa et entraîné le licenciement d’environ 3 000 travailleurs à Brampton, soulevant des questions sur les garanties d’emploi initialement promises.
Brampton en “pause opérationnelle” ?
Face aux accusations, Stellantis se défend. Antonio Filosa, le nouveau PDG du groupe, affirme que l’usine de Brampton n’est pas fermée, mais simplement en “pause opérationnelle” en attendant la mise en place d’un nouveau plan de production. La direction insiste sur les investissements en cours à Windsor, où la reprise d’une troisième équipe de travail permettra de créer entre 1 400 et 1 500 nouveaux emplois, avec un démarrage prévu début 2026.
Le cœur du litige réside dans l’interprétation des clauses contractuelles. Certains passages des accords signés en 2022 ont été rendus publics sous une forme partiellement censurée, alimentant les divergences. Le gouvernement canadien estime que Stellantis a initié les annulations, tandis que le groupe automobile accuse Ottawa d’avoir insisté. Le Parlement s’est engagé à clarifier ces contradictions.
Des enjeux stratégiques et géopolitiques
Selon la ministre Joly, les clauses les plus sensibles lient directement les incitations financières pour la gigafactory de Windsor au maintien de la capacité de production à Brampton. “Les investissements dans l’usine de batteries sont fondamentaux, mais ils sont liés à l’usine de Brampton”, a-t-elle précisé. La vérification des contrats a débuté dès octobre, suite à l’annonce du transfert de la production.
Dans un contexte international marqué par le possible retour de Donald Trump à la Maison Blanche, le Canada et les États-Unis se livrent une compétition accrue pour attirer les investissements dans le secteur automobile. Cette affaire ne concerne pas seulement les 3 000 emplois menacés à Brampton, mais également l’ensemble de la stratégie industrielle canadienne en matière d’électrification, qui repose en grande partie sur Stellantis. Le différend entre Ottawa et le groupe dirigé par Filosa pourrait donc avoir des répercussions importantes sur les investissements futurs et la collaboration entre le gouvernement et le constructeur, quelques mois seulement après la présentation du nouveau plan industriel de l’entreprise.
