Publié le 5 décembre 2023 07:04:00. L’intelligence artificielle s’immisce de plus en plus dans le monde de la musique, obligeant la Recording Academy, organisatrice des Grammy Awards, à repenser ses critères d’éligibilité et à naviguer dans un paysage juridique complexe. Harvey Mason Jr., son directeur général, dévoile les réflexions en cours pour concilier innovation technologique et protection des droits des créateurs.
- La Recording Academy constate une utilisation croissante de l’IA par les professionnels de la musique, souvent comme outil d’assistance ponctuel.
- Les règles actuelles des Grammy Awards privilégient la contribution humaine, mais la frontière entre assistance et création entièrement automatisée devient floue.
- Des questions de droit d’auteur et de responsabilité juridique émergent avec la capacité de l’IA à reproduire le style vocal d’un artiste sans son consentement.
L’intelligence artificielle n’est plus une simple curiosité dans le secteur musical, mais une réalité avec laquelle il faut composer. Harvey Mason Jr., président-directeur général de la Recording Academy (l’organisation à l’origine des Grammy Awards) et de MusiCares depuis 2020, estime que cette question occupe désormais une part prépondérante de son travail. Il représente près de 40 000 membres qui cherchent à comprendre comment intégrer cette technologie sans compromettre le rôle central des artistes humains, comme il l’a révélé dans une récente interview accordée à Billboard.
Selon Mason, l’utilisation de l’IA est déjà bien plus répandue que ne le suggèrent les débats théoriques. De nombreux professionnels l’emploient de manière ciblée, pour surmonter des blocages créatifs ou optimiser leur processus de travail. Certains l’utilisent, par exemple, pour trouver une mélodie lorsqu’ils sont en difficulté pour terminer un refrain, ou pour générer des suggestions de rimes afin de relancer une séance d’écriture. Il arrive également que des artistes construisent des chansons à partir de paroles ou de mélodies produites par un modèle d’IA, ou qu’ils recourent à des voix synthétiques pour réaliser des maquettes lorsque l’interprète initial n’est pas disponible.
Cette utilisation partielle de l’IA est aujourd’hui la norme, selon Mason. Il observe rarement des projets entièrement créés par des plateformes d’intelligence artificielle, bien que de telles pratiques existent. Le défi pour l’Académie consiste donc à définir des critères de reconnaissance qui tiennent compte de cette zone grise, où l’outil ne remplace pas l’artiste, mais vient compléter son travail.
Les règles actuelles des Grammy Awards stipulent qu’une œuvre ne peut être éligible que si la contribution humaine reste prédominante dans la catégorie concernée. Une interprétation vocale peut être prise en compte même si l’accompagnement a été généré avec l’aide de l’IA, tandis qu’une composition entièrement automatisée est exclue. Cependant, Mason souligne que la distinction devient de plus en plus délicate. Les modèles capables de reproduire la voix et le style d’un artiste sans son autorisation soulèvent des questions complexes en matière de droit à l’image sonore et de responsabilité juridique, qui évoluent à un rythme soutenu.
«Une œuvre peut toujours être nominée dans une catégorie liée à la performance [si] elle a été créée ou composée par une IA et interprétée par un être humain. Le recours à l’IA ne rend pas votre candidature inéligible. Cela vous oblige simplement à choisir les catégories appropriées dans lesquelles vous souhaitez être pris en considération…»
Harvey Mason Jr., président-directeur général de la Recording Academy
Mason ajoute :
«Si vous faites quelque chose d’illégal ou qui affecte un artiste d’une manière protégée, nous pouvons prendre certaines mesures pour éviter cela. Mais tout cela commence à devenir vraiment flou et nécessite plus que jamais des éclaircissements.»
Harvey Mason Jr., président-directeur général de la Recording Academy
Cette incertitude annonce une période de révision continue, alors que les institutions musicales s’efforcent de protéger les artistes tout en reconnaissant une technologie qui est déjà omniprésente dans la création musicale contemporaine.
