Bruxelles, le 18 mars 2024. La cheffe de la diplomatie européenne Josep Borrell estime que les négociations en cours pour trouver une issue au conflit en Ukraine pourraient connaître un moment décisif cette semaine, après des discussions américano-ukrainiennes jugées difficiles mais constructives.
- Les pourparlers entre les États-Unis et l’Ukraine ont été qualifiés de “difficiles mais productifs”.
- L’Union européenne réaffirme la nécessité d’accroître la pression sur la Russie par le biais de sanctions et envisage d’utiliser les avoirs russes gelés pour aider financièrement Kiev.
- Une divergence d’opinions émerge concernant la taille future des forces armées ukrainiennes.
En arrivant à une réunion des ministres de la Défense de l’UE à Bruxelles, Josep Borrell a déclaré aux journalistes :
« Cela pourrait être une semaine charnière pour la diplomatie. »
Josep Borrell, Haute représentante de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité
Elle a précisé avoir pris connaissance de l’avancement des négociations américano-ukrainiennes, soulignant leur caractère ardu mais encourageant. Elle devait également rencontrer dans la journée les ministres ukrainiens des Affaires étrangères et de la Défense.
L’UE maintient sa position ferme concernant la Russie, insistant sur la nécessité de renforcer les sanctions économiques et d’explorer la possibilité d’utiliser les avoirs de l’État russe gelés en Europe – une somme considérable – pour financer la reconstruction de l’Ukraine, sous forme de prêt. Parallèlement, un soutien militaire, financier et humanitaire accru à Kiev est jugé indispensable pour assurer la survie du pays face à l’agression russe.
Un point de friction dans les discussions entre Washington et Kiev concerne l’éventuelle limitation de la taille des forces armées ukrainiennes après la fin du conflit. Josep Borrell a fermement rejeté cette idée, estimant que la menace émane avant tout de la Russie :
« L’armée russe est celle qui représente en réalité un risque pour tout le monde. Si l’armée russe est grande, si son budget militaire est aussi important qu’il l’est actuellement, ils voudront l’utiliser à nouveau. »
Josep Borrell, Haute représentante de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité
Interrogée sur la confiance qu’elle accorde à l’administration américaine pour parvenir à une solution favorable à l’Ukraine, Josep Borrell a répondu avec prudence :
« Les Ukrainiens sont là seuls. S’ils étaient aux côtés des Européens, ils seraient certainement beaucoup plus forts. Mais je suis convaincue que les Ukrainiens se défendront. »
Josep Borrell, Haute représentante de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité
La réunion des ministres de la Défense de l’UE a également été l’occasion d’échanger avec le ministre ukrainien de la Défense, Denys Shmyhal, et la secrétaire générale adjointe de l’OTAN, Radmila Shekerinska, sur les besoins urgents de Kiev en matière de défense, de financement et de soutien militaire. Par ailleurs, les ministres européens ont discuté des moyens d’améliorer la préparation de la défense européenne, notamment à travers plusieurs initiatives lancées ces derniers mois.
Ces initiatives comprennent un ensemble de projets phares de réarmement proposés par la Commission européenne en octobre, axés sur la protection des frontières, la lutte contre les drones, la défense aérienne et le renforcement des capacités spatiales, dans le but de dissuader la Russie. Les ministres ont également examiné les plans de dépenses soumis par 19 des 27 États membres de l’UE dans le cadre du Fonds européen de défense (FED) de 150 milliards d’euros (174 milliards de dollars américains). Quinze pays ont inclus un soutien à l’Ukraine dans leurs plans nationaux, dépassant les attentes.
Les discussions concernant l’adhésion du Royaume-Uni au FED, en tant que pays non membre de l’UE, se seraient cependant soldées par un échec, en raison de désaccords sur le montant de la contribution financière que Londres devrait verser. Des négociations similaires ont également eu lieu avec le Canada.
