Les autorités ukrainiennes ont mené des perquisitions au domicile d’Andriy Yermak, le chef de cabinet du président Volodymyr Zelensky, dans le cadre d’une enquête anticorruption de grande envergure. Cette opération intervient alors que Kiev est sous pression pour accepter un plan de paix proposé par les États-Unis afin de mettre fin au conflit avec la Russie.
Selon le Bureau national anticorruption d’Ukraine (BNAC) et le Bureau du procureur spécialisé anticorruption (BPAC), les perquisitions, autorisées par la justice, s’inscrivent dans une enquête non précisée. M. Yermak a confirmé l’opération sur les réseaux sociaux, affirmant sa « pleine coopération » avec les enquêteurs.
« Il n’y a aucun obstacle pour les enquêteurs. Ils ont eu un accès complet à l’appartement et mes avocats sont présents sur place, coopérant avec les forces de l’ordre. De mon côté, il y a une coopération totale », a-t-il déclaré.
Cette affaire survient après la révélation, début septembre, d’une vaste enquête portant sur un prétendu stratagème de corruption de 100 millions de dollars (environ 93 millions d’euros) au sein d’Energoatom, la société nationale d’énergie atomique. D’anciens hauts fonctionnaires et Tymur Mindich, un ancien partenaire commercial de M. Zelensky, sont soupçonnés d’être impliqués.
M. Mindich a quitté le pays et sera probablement jugé par contumace. Deux ministres ont déjà démissionné suite à ce scandale.
L’enquête coïncide avec une pression accrue de l’administration américaine sur l’Ukraine pour qu’elle accepte le plan de paix proposé par Washington. Des inquiétudes ont été exprimées par l’Ukraine et ses alliés européens concernant certains aspects de ce plan, notamment la cession potentielle de territoires et la réduction de la taille de l’armée ukrainienne. Une proposition révisée a été soumise et Kiev s’est dite ouverte aux négociations.
Viktor Shlinchak, analyste politique à l’Institut pour la politique mondiale de Kiev, a qualifié ces perquisitions de « vendredi noir » pour M. Yermak, suggérant que le président Zelensky pourrait être contraint de le remplacer à la tête de l’équipe de négociation. « Il semble que nous pourrions bientôt avoir un autre chef de l’équipe de négociation », a-t-il écrit sur Facebook.
Âgé de 54 ans, M. Yermak est considéré comme le principal conseiller de M. Zelensky, mais reste une figure controversée à Kiev. Ses détracteurs l’accusent d’avoir accumulé le pouvoir, de contrôler l’accès au président et de réprimer les voix critiques.
Ancien producteur de films et avocat spécialisé dans les droits d’auteur, M. Yermak a rejoint l’équipe de M. Zelensky en 2019, après avoir collaboré avec lui lorsqu’il était encore comédien. Il est souvent surnommé « vice-président » en raison de son influence considérable.
Rory Challands, correspondant d’Al Jazeera à Kiev, a rapporté que l’enquête porte sur des allégations selon lesquelles environ 100 millions de dollars auraient été blanchis par le biais de circuits financiers complexes.
Par ailleurs, le gouvernement Zelensky avait initialement tenté, en juillet, de placer les agences anticorruption ukrainiennes sous le contrôle de son procureur général, mais a fait marche arrière face à de vives protestations publiques.