L’introduction précoce des arachides dans l’alimentation des nourrissons est associée à une baisse significative des allergies alimentaires, selon une étude récente de l’Hôpital pour enfants de Philadelphie (CHOP). Ces résultats confirment l’efficacité des recommandations de santé publique mises en place ces dernières années et ouvrent la voie à une meilleure prévention des allergies chez les enfants.
L’étude, publiée dans le numéro de novembre de la revue Pédiatrie, a analysé les données de santé de plus de 124 000 enfants. Les chercheurs ont comparé les taux de diagnostic d’allergies alimentaires avant et après la publication des premières directives en 2015, puis après leur élargissement en 2021. Ils ont constaté une diminution notable des nouveaux cas d’allergie aux arachides, passant de 0,79 % à 0,45 %, ainsi qu’une baisse globale des allergies alimentaires médiées par les IgE, de 1,46 % à 0,93 %.
Ces résultats font suite à l’essai LEAP (Learning Early About Peanut Allergy) de 2015, qui avait déjà démontré qu’une consommation régulière de produits à base d’arachide chez les bébés à haut risque (souffrant d’eczéma sévère ou d’allergie aux œufs) réduisait de 81 % le risque de développer une allergie aux arachides. Suite à ces découvertes, les principales organisations pédiatriques ont recommandé, à partir de 2015 et 2017, puis de manière plus générale en 2021, d’introduire des allergènes potentiels, tels que les arachides et les œufs, entre 4 et 6 mois chez tous les enfants sans antécédents de réactions allergiques.
« Nous disposons désormais de données qui suggèrent que l’impact de cette intervention historique de santé publique se manifeste réellement », a déclaré le Dr Stanislas Gabryszewski, premier auteur de l’étude. Selon les estimations, l’introduction précoce des allergènes permet d’éviter qu’un enfant sur 200 développe une allergie alimentaire.
L’étude révèle également un changement intéressant dans le profil des allergies diagnostiquées. Après la mise en œuvre des directives, l’allergie aux œufs a dépassé l’allergie aux arachides en tant que maladie la plus fréquemment diagnostiquée.
Bien que l’exposition précoce ne garantisse pas une immunité totale contre les allergies, les experts considèrent cette réduction significative comme une avancée majeure en matière de santé publique. Le Dr David Collins, co-auteur principal de l’étude, souligne l’importance d’une sensibilisation et d’une éducation continues auprès des médecins et des parents pour optimiser les résultats. Des recherches futures devraient permettre de déterminer le moment, la fréquence et la quantité optimale d’introduction des aliments allergènes afin de maximiser la protection contre les allergies alimentaires.
Dans un éditorial accompagnant l’étude, le Dr Ruchi Gupta et son équipe ont souligné que ces résultats démontrent qu’une recherche clinique rigoureuse, associée à des directives claires et à une diffusion efficace de l’information, peut véritablement modifier la trajectoire des allergies alimentaires chez les enfants.
