L’Indiana a défié Donald Trump en rejetant un projet de redécoupage électoral visant à favoriser les républicains, une décision motivée par des prévisions économiques alarmantes liées aux politiques commerciales de l’ancien président. Ce vote, survenu le 11 décembre 2025, illustre la capacité de cet État du Midwest à s’opposer aux pressions nationales, même au prix d’une confrontation avec son propre camp.
Le 11 décembre, 21 sénateurs de l’Indiana se sont joints aux 10 sénateurs démocrates pour bloquer un plan de redécoupage qui aurait potentiellement offert deux sièges supplémentaires aux républicains à la Chambre des représentants lors des élections de mi-mandat de 2026. Si la dimension politique de ce vote a immédiatement attiré l’attention, les raisons profondes de cette rébellion résident dans une analyse économique publiée dix mois plus tôt.
L’Indiana, dont l’économie repose traditionnellement sur l’industrie manufacturière, l’agriculture et les sciences de la santé, a été averti par le Centre de recherche commerciale et économique (CBER) de l’université Ball State. Le CBER, reconnu pour son indépendance et la rigueur de ses études, a publié le 15 avril 2025 une mise à jour de ses prévisions économiques pour 2025, révélant les conséquences potentiellement désastreuses des politiques économiques de Donald Trump.
Initialement, les perspectives étaient encourageantes : une croissance du PIB de 2,5 % et la création de 37 000 emplois. Cependant, le rapport soulignait un facteur d’incertitude majeur : l’impact des droits de douane imposés par l’administration Trump. Quelques mois plus tard, le CBER a quantifié cet impact, estimant une multiplication par huit des taxes sur les importations et la production pour les entreprises manufacturières de l’Indiana, soit une taxe tarifaire moyenne pondérée de 22,3 %.
Les conséquences prévues étaient alarmantes. Selon le CBER, ces taxes tarifaires équivalaient aux recettes fiscales annuelles de l’État. De plus, elles rappelaient les tarifs de la loi Smoot-Hawley de 1930, largement considérée comme un facteur aggravant de la Grande Dépression. L’incertitude économique a déjà entraîné une baisse de 26 % des offres d’emploi sur une période de trois mois.
Les prévisions ont été revues à la baisse : la croissance du PIB est passée de +2,3 % à -2,0 %, et la création d’emplois a été remplacée par une perte de 92 000 postes, dont 19 000 dans le secteur manufacturier. Le taux de chômage devrait atteindre près de 6 % à la fin de l’année.
L’analyse du CBER mettait en évidence la vulnérabilité particulière de l’Indiana face à ces politiques. Le secteur manufacturier, déjà fragilisé par la hausse des coûts des matières premières et les perturbations des chaînes d’approvisionnement, risquait de subir des représailles tarifaires et une baisse de la demande. L’agriculture, confrontée à la perte de marchés d’exportation pour le maïs, le soja et le porc, était également menacée. Enfin, les résidents de l’Indiana, bénéficiaires de l’expansion de Medicaid et des subventions de l’ACA (Affordable Care Act), craignaient une augmentation des primes d’assurance de 31,14 % en moyenne, soit pour près de 300 000 personnes.
Le CBER a conclu que l’Indiana était entré en récession, une situation qui ne pourrait être inversée qu’avec une réduction significative des droits de douane et un retour à des conditions commerciales plus favorables. Ce constat a alimenté le mécontentement croissant des dirigeants républicains de l’Indiana à l’égard de la ligne de conduite de Donald Trump.
La veille du vote, le 10 décembre, Donald Trump avait menacé les législateurs républicains sur son réseau social Truth Social : « Quiconque vote contre le redécoupage et contre le SUCCÈS du Parti républicain à Washington se verra, j’en suis sûr, rencontrer une primaire MAGA au printemps. »
Cette menace a suscité l’indignation, notamment chez ceux qui se souviennent du rôle joué par l’ancien vice-président Mike Pence le 6 janvier 2020, en confirmant les résultats légitimes de l’élection présidentielle. Pence avait alors déclaré : « Je suis fier de mon rôle… presque aucune idée n’est plus anti-américaine que l’idée selon laquelle n’importe qui pourrait choisir le président américain… La présidence appartient au peuple américain et au peuple américain seul. »
La sénatrice Sue Glick, de LaGrange, a résumé l’état d’esprit des législateurs de l’Indiana : « Les Hoosiers sont des gens robustes et ils n’aiment pas être menacés. Ils n’aiment pas être intimidés. Ils n’aiment pas être intimidés de quelque manière que ce soit. »
En fin de compte, le vote du 11 décembre a été une manifestation de la volonté de l’Indiana de défendre ses intérêts économiques, même au prix d’une confrontation avec le pouvoir fédéral. Comme l’avait prédit le CBER, il s’agissait d’un « ralentissement induit par la politique ».
