Publié le 8 octobre 2025 à 06h02. Les inondations persistantes au Bangladesh, conséquence de pluies de mousson exceptionnellement fortes, ont provoqué une prolifération de serpents venimeux, exacerbant les risques pour les populations locales et surchargeant les hôpitaux.
- Près de 15 000 cas de morsures de serpent ont été recensés cette année au Bangladesh, entraînant 84 décès.
- La vipère de Russell, un serpent particulièrement prolifique, se reproduit rapidement dans le nord du pays, compliquant la situation.
- Les patients mordus présentent fréquemment une insuffisance rénale aiguë, et les témoignages de riverains témoignent d’une peur grandissante.
Les fortes pluies de mousson qui frappent le Bangladesh depuis plusieurs semaines ont provoqué des inondations généralisées, notamment le long du fleuve Padma. Ces inondations ont forcé les serpents à quitter leurs habitats naturels et à se réfugier dans les zones habitées, augmentant considérablement les risques de morsures pour les habitants. Les zones marécageuses, traditionnellement un refuge pour les serpents, sont désormais submergées, les poussant à chercher des abris plus sûrs, souvent au sein des villages et des habitations.
Le professeur Abu Shahin Mohammed Mahbubur Rahman, médecin à l’hôpital Rajshahi Medical College, a déclaré que l’établissement a traité plus de 1 000 cas de morsures de serpent depuis le début de l’année 2025, dont 206 impliquant des espèces venimeuses telles que des cobras, des kraits et la vipère de Russell. Il a souligné que de nombreux patients développent une insuffisance rénale aiguë suite à ces morsures.
« De nombreux patients souffrent d’insuffisance rénale aiguë après avoir été mordus par un serpent. »
Abu Shahin Mohammed Mahbubur Rahman, professeur de médecine
Au niveau national, le gouvernement bangladais a enregistré 84 décès dus à des morsures de serpent cette année, avec près de 15 000 patients pris en charge. L’année 2024 avait déjà été marquée par un nombre élevé de décès, avec 118 cas, l’un des chiffres les plus élevés observés ces dernières années.
L’espèce qui inquiète particulièrement les autorités sanitaires est la vipère de Russell. Autrefois rare, elle se reproduit désormais à un rythme alarmant, en particulier dans le nord du Bangladesh. Cette espèce est particulièrement prolifique, donnant naissance à une moyenne de 60 petits par portée, ce qui rend son contrôle difficile. Selon Farid Ahsan, professeur de zoologie à l’université de Chittagong, ces serpents sont également de bons nageurs et peuvent se déplacer sur les plantes aquatiques, comme la jacinthe d’eau.
Les témoignages des habitants témoignent de la peur et de l’angoisse qui règnent dans les villages touchés. Ananda Mondol, un agriculteur du village de Nimtola, dans le district de Rajshahi, a raconté à l’Agence France-Presse (AFP) son expérience traumatisante :
« Je ne peux pas parler, je ne peux pas bouger. J’ai vomi, j’ai perdu le contrôle de mon corps et la salive n’arrêtait pas de sortir de ma bouche. »
Ananda Mondol, agriculteur
Hospitalisé en soins intensifs pendant trois jours, cet homme de 35 ans souffre encore de douleurs musculaires et de troubles du sommeil. Il n’est pas retourné travailler dans les rizières depuis l’incident. Sa femme, Sunita Rani, guérisseuse traditionnelle, a exprimé son inquiétude face à l’impossibilité de financer les soins nécessaires.
D’autres habitants partagent des expériences similaires. Rezina Begum a déclaré que les serpents se retrouvent parfois même dans les maisons, tandis que Mohammad Bablu avoue vivre dans la peur constante lorsqu’il se rend dans les champs. Il a rapporté que sept serpents ont été tués dans sa région la veille.
(rds/bac)
