Publié le 21 novembre 2025. Face à la multiplication des crises interconnectées, des experts plaident pour un retour aux « jeux de guerre », des simulations stratégiques permettant d’anticiper et de mieux gérer les menaces complexes du XXIe siècle.
- Le gouvernement britannique a récemment publié une analyse des risques chroniques mettant en évidence 26 menaces pesant sur la sécurité nationale, la résilience économique et la cohésion sociale.
- Les « jeux de guerre » (wargaming) sont des exercices de simulation de crises permettant d’identifier les vulnérabilités et de tester les réponses possibles.
- L’intelligence artificielle offre de nouvelles possibilités pour affiner ces simulations et les adapter aux défis contemporains, tels que la cybercriminalité et la désinformation.
Dans un monde confronté à des crises de plus en plus fréquentes et interconnectées, la préparation est devenue essentielle. L’analyse des risques chroniques publiée par le gouvernement britannique dresse un tableau alarmant : cyberattaques sophistiquées, perte de biodiversité, bouleversements démographiques… 26 menaces qui, combinées, érodent lentement les fondations de la sécurité nationale et de la stabilité économique. Face à cette complexité, une solution surprenante refait surface : le « jeu de guerre » (wargaming).
Loin d’être un simple divertissement, le wargaming est un outil stratégique ancestral, utilisé depuis des siècles par les militaires et les gouvernements pour explorer des scénarios hypothétiques et anticiper les conséquences de leurs décisions. Il s’agit de simuler une crise du monde réel, en attribuant des rôles aux participants – armée, gouvernement, industrie, organisations humanitaires – et en les laissant réagir aux événements qui se déroulent. L’objectif ? Révéler les failles, les points de tension et les conséquences imprévues, afin de mieux préparer les décideurs à affronter la réalité.
Le potentiel de cet outil est particulièrement pertinent à l’heure où les menaces évoluent à un rythme effréné. Imaginez une attaque de ransomware, amplifiée par l’intelligence artificielle, paralysant le système de santé britannique et retardant les soins médicaux à travers le pays. Simultanément, des fausses vidéos circulent en ligne, alimentant la désinformation et semant la confusion quant à la réponse du gouvernement. Dans le même temps, une puissance étrangère manipule discrètement les marchés des minéraux essentiels, exerçant une pression économique. Ce scénario, loin d’être de la science-fiction, est une possibilité réelle que les chercheurs s’efforcent d’anticiper grâce au wargaming.
Des organisations internationales telles que le Pentagone, l’OTAN et l’Union européenne utilisent déjà ces simulations pour tester leurs systèmes de défense et leur résilience face à diverses menaces. Le Pentagone recourt à des exercices de l’équipe rouge pour anticiper la guerre hybride, tandis que l’OTAN organise des exercices « Locked Shields » simulant des cyberattaques sur des infrastructures critiques. L’UE, quant à elle, organise des simulations pour évaluer la robustesse de ses plans de développement des capacités de défense. Ces tests de résistance permettent d’identifier les points faibles et d’améliorer la préparation.
Les avancées récentes dans le domaine de l’intelligence artificielle ouvrent de nouvelles perspectives pour le wargaming. La société Rand a mené des simulations sur des sujets aussi variés que la résistance aux antimicrobiens et le changement climatique. Singapour a même utilisé le wargaming pour tester ses politiques d’aménagement urbain, en tenant compte de l’adaptation au climat, des transports et de la croissance démographique.
Lors d’une simulation récente menée par Rand Europe sur la gouvernance de l’IA dans le secteur de la santé, les participants ont été invités à prendre des décisions en tant que responsables politiques, devant choisir entre une réglementation stricte, modérée ou minimale des nouveaux outils d’IA, tels que la transcription automatisée des consultations médicales. Ils ont dû jongler avec des préoccupations liées à la sécurité, à la confidentialité et à l’accès équitable. Les résultats ont démontré que la réglementation doit être flexible et s’adapter aux risques émergents, plutôt que d’être rigide.
Quels scénarios devraient être explorés en priorité ? L’essor des escroqueries liées aux cryptomonnaies pourrait faire l’objet d’une simulation impliquant les régulateurs financiers, les banques et les entreprises technologiques. Un autre exercice pourrait porter sur l’utilisation potentielle des deepfakes générés par l’IA à des fins terroristes, impliquant des représentants des forces de l’ordre, de la santé publique et des plateformes de médias sociaux. Enfin, la concurrence géopolitique autour des minéraux critiques pourrait être simulée, en impliquant des acteurs européens, chinois et africains.
Ces simulations ne permettront pas de prédire l’avenir, mais elles révéleront le comportement des différents acteurs lorsque les systèmes seront soumis à des contraintes. Les recherches sur le wargaming montrent que, même imparfaits, ces outils sont extrêmement utiles pour anticiper les crises et renforcer notre résilience. Il est temps de considérer le wargaming non plus comme un simple exercice, mais comme un outil essentiel pour préparer l’avenir.
Fourni par The Conversation
Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.
