Publié le 9 janvier 2026 17:01:00. La capitale groenlandaise, Nuuk, se retrouve au centre d’une crise géopolitique inattendue, alors que l’ancien président américain Donald Trump réaffirme son intérêt pour l’acquisition du territoire, suscitant inquiétude et frustration chez les autorités locales.
- Donald Trump a de nouveau exprimé son désir d’acheter le Groenland, qualifiant le territoire de « bien immobilier de premier ordre ».
- La maire de Nuuk, Avaaraq Olsen, a exprimé son mécontentement face à cette approche, dénonçant un manque de respect envers le peuple groenlandais.
- Le Danemark, qui exerce une souveraineté sur le Groenland, a réaffirmé son refus de céder le territoire et a mis en garde contre toute action militaire.
Nuuk, avec ses maisons en bois colorées nichées sur des collines enneigées, évoque une ville frontalière, un avant-poste dans l’Arctique. Capitale la plus septentrionale du monde, cette cité abrite environ 20 000 habitants, soit un tiers de la population totale du Groenland, un territoire immense, plus vaste que l’Europe occidentale, mais largement recouvert de toundra glacée.
L’intérêt soudain de Donald Trump pour le Groenland n’est pas nouveau. Déjà durant son premier mandat, l’ancien président américain avait fait part de son intention d’acquérir le territoire, suscitant l’incompréhension et l’opposition du Danemark. La Maison Blanche a récemment déclaré que l’acquisition du Groenland était une « priorité de sécurité nationale », et Stephen Miller, conseiller principal de Trump, n’a pas exclu le recours à la force militaire pour atteindre cet objectif, affirmant que « personne ne combattra les États-Unis pour l’avenir du Groenland ».
Avaaraq Olsen, la maire de Nuuk, ne semble pas préoccupée par la perspective de voir son pays devenir le 51e État américain. Assise dans son bureau un vendredi matin gris et enneigé, elle exprime sa frustration face à la manière dont le Groenland est perçu par certains pays.
« La frustration est ce que j’entends le plus de la part des gens ici : l’impression d’être considérés comme un simple objet, quelque chose à acheter ou à échanger. »
Avaaraq Olsen, maire de Nuuk
« Nous avons notre drapeau, notre hymne national et nous sommes un peuple à part entière. Nous avons le sentiment de ne pas être respectés », ajoute-t-elle, interrogeant l’attitude des États-Unis : « Comment les Américains réagiraient-ils si la Chine affirmait vouloir reprendre un État parce qu’elle en a besoin ? »
L’histoire du Groenland est marquée par trois siècles de domination danoise, qui ont évolué vers une autonomie accrue ces dernières décennies, à l’instar des îles Féroé, au sein du Royaume du Danemark. L’économie groenlandaise repose principalement sur la pêche et les transferts financiers, mais un ressentiment persistant envers Copenhague est palpable, exacerbé par les révélations récentes concernant les adoptions forcées et les pratiques de contrôle des naissances.
Cependant, ces tensions internes ont été éclipsées par l’intérêt soudain manifesté par Washington. Dans un café de Nuuk, Ilatsiag Markussen, un pêcheur, exprime son indignation face à l’attitude de Trump :
« Je n’aime pas son ton, et certainement pas ce qu’il dit. Pour être honnête, nous ne savons pas ce qui va se passer. »
Ilatsiag Markussen, pêcheur
L’offre d’achat formulée par Trump n’est pas une première. En 1946, les États-Unis avaient déjà proposé 100 millions de dollars en lingots d’or pour acquérir le Groenland. Plus tôt, en 1917, Copenhague avait cédé les îles Vierges à Washington, à condition que la souveraineté danoise sur le Groenland soit reconnue.
Le vice-président américain JD Vance a justifié l’intérêt de Trump en invoquant le manque d’attention du Danemark à la sécurité de la région et ses implications pour les États-Unis, affirmant que Trump était « prêt à aller aussi loin qu’il le fallait ».
Le Danemark rejette fermement ces accusations, soulignant que ses dépenses de sécurité au Groenland s’élèvent à près de 100 milliards de couronnes danoises (13 milliards d’euros). Le ministre des Affaires étrangères danois, Lars Lokke Rasmussen, a qualifié les affirmations de Trump concernant la Russie et la Chine de « fausses ».
Des discussions diplomatiques sont en cours. L’ambassadeur du Danemark à Washington, Jesper Moller Sorensen, et le représentant du Groenland aux États-Unis, Jacob Isbosethsen, se sont entretenus jeudi à la Maison Blanche. Des négociations supplémentaires sont prévues la semaine prochaine avec le secrétaire d’État américain, Marco Rubio, mais les détails restent flous.
Le Groenland, géographiquement situé en Amérique du Nord, est lié aux États-Unis par un accord de 1951 qui autorise Washington à établir et à exploiter des bases militaires sur le territoire. À l’époque de la guerre froide, 17 bases étaient actives, mais aujourd’hui, il n’en reste qu’une, la base spatiale de Pituffik, qui joue un rôle crucial dans le système d’alerte antimissile et la surveillance spatiale pour les États-Unis et l’OTAN.
Le Danemark est disposé à accorder une plus grande flexibilité dans ce domaine, mais l’analyste danois Otto Svendsen, basé à Washington, estime que les arguments de sécurité avancés par la Maison Blanche ne correspondent pas à la politique américaine actuelle concernant le territoire. Il souligne que ni le Groenland ni l’Arctique ne sont mentionnés dans la récente stratégie de sécurité nationale américaine.
L’Union européenne a publié une déclaration affirmant que « la décision concernant le Danemark et le Groenland appartient uniquement au Danemark et au Groenland ». Cependant, compte tenu des priorités de l’UE, notamment la crise en Ukraine, de nombreux habitants de Nuuk craignent une détérioration de la situation.
La Première ministre danoise Mette Frederiksen a même évoqué un scénario impensable : un pays de l’OTAN envahissant un autre pays membre de l’alliance.
« Si les États-Unis choisissent d’attaquer militairement un autre pays de l’OTAN, alors tout s’arrête. Cela inclut l’OTAN et donc la sécurité qui a été assurée depuis la fin de la seconde guerre mondiale. »
Mette Frederiksen, Première ministre danoise
Ces considérations de sécurité ont ravivé le souvenir d’un ordre de précaution datant de 1952, rédigé en réponse à l’invasion nazie du Danemark en 1940. Ce document stipule que, en cas d’attaque, les forces danoises doivent engager le combat immédiatement, sans attendre d’ordres.
Le ministère danois de la Défense a confirmé que cet ordre est toujours en vigueur et s’applique également au Groenland. Environ 300 soldats danois, des hélicoptères militaires, une frégate et des avions de combat sont stationnés au Groenland. L’analyste militaire Kenneth Ohlenschlaeger Buhl souligne que cet ordre fournit des instructions claires et sans ambiguïté sur la manière de réagir en cas d’attaque.
De retour à Nuuk, le soleil reste invisible derrière les nuages et la neige. La maire Olsen s’interroge sur la possibilité que les avertissements de l’assistant de Trump, Stephen Miller, se concrétisent et que personne ne vienne défendre le Groenland. Elle espère que les déclarations de soutien d’autres pays apporteront un réconfort à la population groenlandaise.
