Publié le 15 décembre 2025 11:44:00. Des chercheurs ont découvert que des similarités entre certaines bactéries intestinales et la myéline, la gaine protectrice des nerfs, pourraient induire le système immunitaire à attaquer le système nerveux, accélérant ainsi la progression de la sclérose en plaques. Cette découverte ouvre de nouvelles pistes thérapeutiques basées sur la modulation du microbiome.
- Une ressemblance structurelle entre certaines bactéries intestinales et la myéline peut tromper le système immunitaire.
- Des expériences sur des souris ont montré que des Salmonella modifiées pour ressembler à la myéline aggravent la sclérose en plaques.
- La manipulation du microbiome pourrait permettre de « rééduquer » le système immunitaire à tolérer la myéline.
La sclérose en plaques (SEP) est une maladie auto-immune dans laquelle le système immunitaire attaque par erreur la gaine de myéline qui protège les fibres nerveuses. Cette attaque peut entraîner fatigue, troubles de la sensibilité, difficultés de marche et, dans les cas graves, une paralysie. Depuis des années, les scientifiques cherchent à comprendre les mécanismes qui déclenchent cette erreur de défense, et l’attention se porte de plus en plus sur le rôle du microbiome intestinal.
Des études ont en effet révélé que la composition de la flore intestinale diffère entre les personnes atteintes de SEP et les personnes en bonne santé. « Nous savons que la flore intestinale influence le système immunitaire, mais les mécanismes précis impliqués dans la SEP ne sont pas entièrement élucidés », explique la professeure Anne-Katrin Pröbstel, neurologue à l’Université de Bâle et à l’hôpital universitaire de Bonn (UKB). Son équipe se consacre à l’étude du rôle du microbiote dans les maladies neuroinflammatoires.
Les recherches récentes suggèrent que certaines bactéries intestinales pro-inflammatoires, en raison de similitudes dans leur structure de surface avec celle de la myéline, pourraient induire une réaction auto-immune. Ce phénomène, appelé « mimétisme moléculaire », conduit les cellules immunitaires à attaquer à la fois les bactéries nocives et la gaine de myéline du corps.
Une étude publiée dans la revue Microbes intestinaux apporte de nouvelles preuves à cette hypothèse. L’équipe de Pröbstel, avec les docteurs Lena Siewert et Kristina Berve comme premiers auteurs, a modifié génétiquement des bactéries Salmonella pour qu’elles présentent une structure de surface similaire à celle de la myéline. Ces bactéries modifiées ont ensuite été introduites chez des souris génétiquement modifiées pour simuler la SEP. Les résultats ont montré que ces Salmonella aggravaient significativement la progression de la maladie, comparativement à des bactéries témoins sans cette modification structurelle.
« Les bactéries pro-inflammatoires à elles seules n’alimentent la maladie que dans une mesure limitée », explique Anne-Katrin Pröbstel. « Mais la combinaison d’un environnement inflammatoire et d’un mimétisme moléculaire active des cellules immunitaires spécifiques. Celles-ci se multiplient, migrent dans le système nerveux et attaquent la gaine de myéline. »
Professeur Anne-Katrin Pröbstel, Universités de Bâle et de Bonn
Les chercheurs ont également mené des expériences similaires avec des bactéries E. coli, qui font partie de la flore intestinale normale et ne sont pas inflammatoires. En implantant des E. coli modifiées pour ressembler à la myéline chez les souris, ils ont observé une progression plus lente de la maladie. « À l’avenir, en travaillant avec des bactéries qui calment activement le système immunitaire plutôt qu’en le stimulant, nous pourrions peut-être entraîner les cellules immunitaires à tolérer la gaine de myéline et à ne pas l’attaquer », anticipe Pröbstel.
Cette étude souligne l’importance non seulement de la composition de la flore intestinale, mais aussi de la structure spécifique de certaines bactéries dans l’initiation et la progression de la SEP. Elle ouvre la voie à de nouvelles stratégies thérapeutiques basées sur la manipulation du microbiome, visant à « rééduquer » le système immunitaire. Cependant, les chercheurs soulignent la nécessité de la prudence, car certaines thérapies contre le cancer qui stimulent le système immunitaire pourraient également créer un environnement propice au mimétisme moléculaire et à l’apparition de réactions auto-immunes.
Cette recherche a été menée en collaboration avec l’hôpital universitaire de Bonn (UKB), le pôle d’excellence ImmunoSensation2 à l’Université de Bonn, le Centre allemand pour les maladies neurodégénératives (DZNE) et d’autres institutions partenaires. Elle a bénéficié du financement de la Fondation Propatient de l’hôpital universitaire de Bâle, du Fonds national suisse et du Secrétariat d’État à la formation, à la recherche et à l’innovation (SEFRI).
Source:
Référence du journal :
Siewert, LK, et al. (2025) Antigen-specific activation of intestinal immune cells drives autoimmune neuroinflammation. Microbes intestinaux. DOI : 10.1080/19490976.2025.2601430.
