Publié le 2024-02-29 14:35:00. Le succès d’un film en salles engendre inévitablement une vague de productions à petit budget cherchant à capitaliser sur sa popularité, des « mockbusters » aux téléfilms oubliés. Un regard sur ces imitations, parfois surprenantes, et sur l’histoire de leur prolifération.
Depuis que l’industrie cinématographique a commencé à viser le profit, les films à succès ont toujours suscité des imitations. Ces copies, souvent réalisées avec des budgets dérisoires et des acteurs moins connus, pullulent aujourd’hui sur les plateformes de streaming ou finissent dans les rayons discount des magasins. On observe différents niveaux : des imitations plus élaborées aux « mockbusters » assumés, dont les titres sont parfois délibérément trompeurs pour attirer l’attention.
Le phénomène n’est pas nouveau. Dans les années 1980 et 1990, de nombreux téléfilms, souvent oubliés, ont émergé dans le sillage de blockbusters. Ces productions, directement sorties en vidéo, tentaient de surfer sur la popularité de films plus ambitieux. Le terme « mockbuster » semble avoir été popularisé avec la sortie du film HG Wells : La Guerre des Mondes par Asylum Films, diffusé la veille de la sortie de l’adaptation de Steven Spielberg en 2005.
Mais certains de ces téléfilms, malgré leurs limitations, peuvent surprendre. Nombre d’entre eux constituent des tentatives sincères, bien qu’imparfaites, de raconter une histoire. Voici quelques exemples, allant du passable à l’incompréhensible.
Robin des Bois (1991)
Sorti en mai 1991, un mois avant Robin des Bois : Prince des voleurs, le film britannique Robin des Bois était initialement destiné à une sortie en salles aux États-Unis. Cependant, face à l’imminence du blockbuster avec Kevin Costner, il a finalement été diffusé à la télévision. Ce téléfilm présente des éléments intéressants, notamment une approche plus réaliste du Moyen Âge, des personnages nuancés et une Maid Marian plus indépendante, activement impliquée dans l’action. Le casting est prometteur, avec Patrick Bergin dans le rôle de Robin des Bois, Uma Thurman en tant que Marian, Jürgen Prochnow (Das Boot) et Jeroen Krabbé (Le Fugitif) incarnant les méchants, et Owen Teale (Game of Thrones) dans le rôle de Will Scarlett. Le film se distingue par son échelle plus modeste, se concentrant sur un conflit local plutôt que sur une épopée grandiose.
Il constitue une alternative intéressante au film de Costner, offrant une vision plus réfléchie de la légende de Robin des Bois.
Le Bossu de Notre-Dame (1997)
Dans les années 1990, l’œuvre de Victor Hugo, Notre-Dame de Paris, avait déjà fait l’objet de nombreuses adaptations. En 1997, Disney a proposé sa propre version, avec des gargouilles chantantes et une fin heureuse. Même les critiques les plus sceptiques ont reconnu le succès de cette adaptation. Un an plus tard, la chaîne TNT a tenté une approche plus sérieuse de l’histoire, sans les éléments fantastiques de Disney. Le téléfilm mettait en scène Richard Harris dans le rôle de Dom Frollo, Salma Hayek en tant qu’Esmeralda et Mandy Patinkin dans le rôle de Quasimodo. Il est amusant de noter que Mandy Patinkin avait initialement auditionné pour le rôle de Quasimodo dans le film de Disney, mais sans succès, ce qui l’a conduit à obtenir le rôle dans cette production. Nigel Terry, connu pour son rôle dans Excalibur, fait également une apparition.
Bien que les effets spéciaux aient vieilli, le film a été nominé pour quatre Emmy Awards. Il propose une réflexion intelligente sur les classes sociales, la foi et le progrès humain. Cependant, son format télévisuel limite son ampleur. Les scènes d’action manquent de l’impact visuel des précédentes adaptations, notamment celle de 1982 avec Anthony Hopkins. De plus, le temps de diffusion est peut-être trop court pour explorer pleinement les relations complexes entre les personnages. Néanmoins, pour les amateurs de l’histoire, comme ceux qui animent ce blog, il peut valoir le coup d’œil.
Jeanne d’Arc (1999)
En 1999, le réalisateur Luc Besson a suivi Le Cinquième Élément (1997) avec Le Messager : L’histoire de Jeanne d’Arc, avec Milla Jovovich dans le rôle principal. Le film a reçu un accueil mitigé, certains critiques soulignant les thèmes contradictoires et l’interprétation psychologique du personnage. Plus tôt la même année, CBS a diffusé une mini-série en deux parties, adoptant une approche plus conventionnelle. Cette version mettait en scène Leelee Sobieski dans le rôle de Jeanne d’Arc, Peter O’Toole en tant que Dom Frollo, Olympia Dukakis, Shirley MacLaine et Neil Patrick Harris. La mini-série a été récompensée par quatre nominations aux Emmy Awards et treize nominations aux Golden Globes, contrairement aux multiples nominations aux Razzie Awards reçues par le film de Besson.
Les mini-séries étaient populaires à l’époque, et Jeanne d’Arc s’inscrit dans cette tendance, avec un casting talentueux. Cependant, la longueur du format peut être un inconvénient, la première scène de bataille arrivant tardivement dans le récit. Le film peut être considéré comme un témoignage de la représentation de la piété religieuse et du fanatisme dans la culture populaire de la fin du 20ème siècle, notamment en montrant Jeanne remerciant Dieu tout en étant brûlée vive.
Déesse de l’Amour (1988)
Sorti en 1988, Déesse de l’Amour est un exemple typique de « mockbuster ». Le film raconte l’histoire de Vénus, punie par Zeus et envoyée sur Terre sous la forme d’une statue. Elle doit reconquérir l’amour d’un homme pour retrouver sa liberté. Le film est un remake d’une comédie des années 1940, mais s’inspire également de Mannequin, une comédie romantique sortie l’année précédente. L’un des aspects les plus flagrants de cette inspiration est le personnage de Hollywood Montrose, un vendeur gay dont le portrait positif était novateur pour l’époque. Déesse de l’Amour tente de reproduire cet effet en intégrant Little Richard dans un rôle similaire, mais sans développer pleinement son potentiel. Le choix de Vanna White, de Roulette Fortune, pour le rôle principal est également discutable, car le scénario ne lui offre pas suffisamment de matière pour briller.
Malgré ses défauts, Déesse de l’Amour témoigne de la prolifération de ces productions visant à capitaliser sur le succès des films originaux. Le film a été largement promu par NBC, au point d’être parodié par David Letterman.
Cette liste est-elle exhaustive ? Peut-être pas. Si vous vous souvenez d’autres exemples de téléfilms, d’imitations ou de « mockbusters », n’hésitez pas à les partager dans les commentaires. Et que la déesse de l’amour ait pitié de nos âmes.
