Publié le 31 octobre 2023 20:42:00. Au Mexique, le Jour des Morts est bien plus qu’un simple souvenir des défunts : c’est une célébration vibrante et colorée où les vivants et les morts se rencontrent, une tradition ancestrale inscrite au patrimoine immatériel de l’UNESCO.
- Le Jour des Morts est une tradition mexicaine emblématique, reconnue par l’UNESCO en 2003.
- Cette fête trouve ses racines dans les cultures indigènes de Méso-Amérique, fusionnées avec les croyances catholiques.
- Des autels colorés, ornés de fleurs, de nourriture et d’objets personnels, sont dressés pour accueillir les âmes des défunts.
Chaque année, fin octobre et début novembre, le Mexique s’anime d’une atmosphère particulière. Loin d’être une période de deuil, le Jour des Morts est une fête joyeuse et pleine de couleurs, où l’on honore la mémoire des proches disparus. Les familles préparent des autels (ofrendas) richement décorés, emplis de nourriture, de boissons, de fleurs d’or et de souvenirs, pour accueillir les âmes qui, selon la tradition, reviennent rendre visite aux leurs.
Cette célébration unique trouve son origine dans les cultures préhispaniques de Méso-Amérique. À l’époque, le culte de la mort était très répandu et les enterrements étaient accompagnés de festivités pour guider l’âme du défunt vers Mictlán, le lieu des morts. Selon le Grand dictionnaire nahuatl, Mictlán signifie « enfer » ou « lieu des morts », un voyage qui pouvait durer jusqu’à quatre ans.
Les peuples préhispaniques déposaient également des offrandes sur les tombes, notamment de la nourriture et des fleurs, pour faciliter le cheminement de l’âme. Pour ces cultures, la mort n’était pas une fin en soi, mais une étape dans un cycle continu, et le destin de l’âme dépendait de la vie que la personne avait menée.
Avec l’arrivée des Espagnols, le Jour des Morts a évolué en intégrant des éléments catholiques. L’Institut national des peuples indigènes (Inpi) du Mexique explique que « les Européens ont apporté les fleurs, la cire, les bougies et les cierges, tandis que les indigènes ont ajouté l’encens avec leur copal, la nourriture et la fleur de souci (Zempoalxóchitl) ». Cette fusion de cultures a donné naissance à la fête que nous connaissons aujourd’hui.
L’historien Héctor Zarauz, auteur de l’ouvrage « La Fête de la Mort », souligne d’autres ajouts apportés lors de la conquête, comme les croix, symboles du catholicisme, et certaines boissons distillées qui n’existaient pas auparavant. Il ajoute que le pain pour les morts, devenu un incontournable de la fête, n’était pas non plus consommé à l’époque, car la farine était rare.
À la fin du XIXe siècle, sont apparues les « calaveritas », des petites têtes de mort souvent représentées de manière humoristique. L’historien Alejandro Rosas explique à CNN qu’elles sont étroitement liées aux illustrations de José Guadalupe Posada, à qui l’on attribue la création de « La Catrina », le symbole le plus emblématique du Jour des Morts au Mexique et à l’étranger.
Au fil des générations, le Jour des Morts a continué d’évoluer, intégrant de nouvelles pratiques et expressions populaires. Comme l’UNESCO le souligne, ces expressions varient en fonction des traditions indigènes, des communautés et des régions.
L’un des exemples les plus marquants de cette évolution est le défilé massif de catrinas qui se déroule à Mexico, popularisé par le film « Spectre » de la saga James Bond, qui a présenté une vision folklorique du Jour des Morts au grand public.


