Publié le 17 novembre 2023. Le cancer du poumon, première cause de décès par cancer en Espagne, touche de plus en plus de personnes n’ayant jamais fumé. La Société Andalouse d’Oncologie Médicale (SAOM) alerte sur cette tendance et appelle à une adaptation des politiques de prévention et de dépistage.
- Le cancer du poumon est diagnostiqué chez près de 5 personnes sur 20 qui n’ont jamais fumé.
- Des facteurs environnementaux, génétiques et professionnels sont désormais reconnus comme des éléments de risque importants.
- La SAOM plaide pour un accès équitable aux traitements innovants et une amélioration des programmes de dépistage en Andalousie.
Alors que la Journée mondiale du cancer du poumon est commémorée ce 17 novembre, les spécialistes tirent la sonnette d’alarme face à une évolution préoccupante : l’augmentation des cas de cancer du poumon chez les non-fumeurs. Cette tendance, observée tant dans la pratique clinique que dans les statistiques nationales et régionales, remet en question l’association traditionnelle entre ce type de cancer et le tabagisme.
En Andalousie et dans toute l’Espagne, le cancer du poumon reste la principale cause de décès liés au cancer, représentant environ 20 % des décès et comptabilisant près de 3 000 nouveaux diagnostics chaque année, selon les estimations du Réseau espagnol des registres du cancer (REDECAN). Si le tabac demeure le principal facteur de risque, présent dans environ 80 % des cas, les oncologues soulignent qu’un diagnostic sur cinq survient désormais chez des personnes n’ayant jamais fumé. Ces patients présentent un profil différent, avec une incidence plus élevée chez les femmes, les personnes plus jeunes et des caractéristiques moléculaires spécifiques.
« Le cancer du poumon chez les non-fumeurs n’est ni une exception, ni une rareté clinique. Il s’agit d’une réalité croissante qui nécessite des politiques de santé publique adaptées, une plus grande recherche et un regard différent sur les causes et les méthodes de prévention de la maladie. »
Dr Jesús Corral, président du SAOM
Au-delà du tabac, plusieurs facteurs peuvent favoriser le développement du cancer du poumon. Les oncologues mettent en avant l’exposition prolongée aux polluants atmosphériques, qu’ils soient urbains ou industriels, ainsi que la présence de gaz radon, naturellement présent dans certains sols granitiques et les habitations mal ventilées. Certaines professions exposant à l’amiante, à la silice, aux hydrocarbures aromatiques ou aux solvants sont également considérées comme des facteurs de risque. La recherche moléculaire a identifié des altérations génétiques spécifiques, telles que des mutations des gènes EGFR, ALK ou ROS1, plus fréquentes chez les non-fumeurs et influençant l’évolution de la maladie et la réponse aux traitements.
« Comprendre les mécanismes à l’origine du cancer du poumon chez les personnes non-fumeuses est essentiel pour faire progresser sa prévention. Nous savons qu’il existe une composante environnementale et une composante génétique, et c’est pourquoi la réponse doit combiner surveillance, politiques de santé publique et accès aux études moléculaires dans tous les hôpitaux andalous », ajoute le Dr Corral.
Malgré les progrès thérapeutiques, plus de 60 % des diagnostics en Andalousie sont posés à un stade avancé, limitant les options de guérison. La SAOM insiste donc sur l’importance du dépistage précoce. Des programmes de dépistage par tomodensitométrie à faible dose, déjà appliqués avec succès dans d’autres pays, ont démontré leur capacité à réduire significativement la mortalité.
La SAOM demande la mise en place de ces programmes de manière homogène sur l’ensemble du territoire andalou, en coordination entre les services d’oncologie médicale, les soins primaires, la pneumologie et la radiologie. Il est également urgent d’améliorer l’accès aux tests de diagnostic, notamment dans les zones rurales ou les provinces moins bien équipées, afin d’éviter les retards dans l’identification des cas suspects.
« Les premiers symptômes du cancer du poumon – toux persistante, essoufflement léger, perte de poids ou fatigue – sont souvent confondus avec des affections respiratoires bénignes. Des soins primaires sensibilisés et des circuits de diagnostic rapides peuvent faire la différence entre une tumeur curable et une maladie avancée », explique le président de la SAOM.
L’introduction de thérapies ciblées et d’immunothérapie a considérablement amélioré le pronostic de nombreux patients atteints de cancer du poumon, même à un stade métastatique. La SAOM rappelle toutefois que l’accès équitable à ces traitements reste une priorité. Elle exige que tous les hôpitaux andalous disposent de comités moléculaires multidisciplinaires et de laboratoires de diagnostic génomique capables de fournir des résultats rapides et précis, condition essentielle pour adapter le traitement à chaque patient.
Enfin, la SAOM souligne la nécessité d’intégrer la dimension environnementale dans les stratégies de lutte contre le cancer du poumon. De nombreuses études ont confirmé que l’exposition prolongée aux particules fines (PM2,5) et au dioxyde d’azote augmente le risque de développer cette maladie, même chez les non-fumeurs. Le contrôle de la qualité de l’air, la réduction des émissions industrielles et du trafic urbain, ainsi que l’amélioration de la ventilation dans les habitations exposées au radon, doivent donc être considérés comme des éléments essentiels de la prévention.
« Parler du cancer du poumon, ce n’est pas seulement parler de tabac : c’est aussi parler de pollution, de conditions de travail sûres, de recherche et d’équité en santé. L’Andalousie dispose des connaissances et des ressources professionnelles pour avancer, mais nous avons besoin de plus de coordination et d’engagement institutionnel », conclut le président de la SAOM.
