La junte birmane a organisé ce dimanche la deuxième phase d’un scrutin largement contesté, alors que les organisations de défense de la démocratie dénoncent une manœuvre destinée à consolider le pouvoir militaire. Le vote s’est déroulé dans la circonscription autrefois représentée par Aung San Suu Kyi, figure emblématique de l’opposition déchue.
Des bureaux de vote ont ouvert dans une trentaine de circonscriptions, dont Kawhmu, au sud de Yangon, l’ancien fief de Suu Kyi. Malgré le contexte de répression et de guerre civile, certains électeurs se sont déplacés, espérant un avenir meilleur. Than Than Sint, une agricultrice, a déclaré à l’AFP : « Nous savons que cela ne viendra pas tout de suite. Mais nous devons y aller étape par étape pour nos générations futures. »
Ce scrutin intervient plus de deux ans après le coup d’État de février 2021, qui a mis fin à une décennie de transition démocratique. L’armée, qui gouverne le Myanmar depuis son indépendance, a justifié son action par des allégations de fraude électorale lors des élections de 2020, remportées par la Ligue nationale pour la démocratie (LND) de Suu Kyi. Ces accusations ont été rejetées par les observateurs.
La première phase du vote, fin octobre, a vu le Parti de la solidarité et du développement de l’Union (USDP), considéré comme le principal allié de l’armée, remporter environ 90 % des sièges à la Chambre basse. Un habitant de Yangon, souhaitant rester anonyme par crainte de représailles, a confié à l’AFP : « Je pense que les résultats ne dépendent que de la bouche des militaires. Cette élection n’a absolument rien à voir avec le fait d’échapper à cette souffrance. » Le taux de participation à cette première phase a été d’environ 50 %, bien inférieur aux 70 % enregistrés en 2020.
Les analystes estiment que la junte organise ces élections pour donner une apparence de légitimité à son pouvoir, dans le but d’améliorer ses relations diplomatiques et d’attirer les investissements étrangers. Tom Andrews, expert des droits de l’homme de l’ONU, a déclaré jeudi que « la junte a organisé les élections pour assurer la victoire de son mandataire, consolider la domination militaire au Myanmar et fabriquer une façade de légitimité alors que la violence et la répression se poursuivent sans relâche. »
Le vote n’a pas pu se tenir dans les zones contrôlées par les groupes rebelles, où l’armée mène des offensives. Plus de 22 000 prisonniers politiques sont actuellement détenus dans les prisons birmanes, selon l’Association d’assistance aux prisonniers politiques. Plus de 330 personnes sont poursuivies en vertu de lois réprimant toute critique du scrutin, passibles de peines pouvant aller jusqu’à 10 ans de prison.
Selon les estimations du groupe de surveillance ACLED, environ 90 000 personnes ont été tuées depuis le coup d’État dans les combats opposant l’armée aux forces de guérilla formées par les militants et aux armées des minorités ethniques. La junte a promis que ces élections en trois phases aboutiraient à un transfert de pouvoir au civil le 25 janvier.
