Publié le 11 octobre 2025 16:02:00. Les récentes déclarations d’un avocat suggérant une incompatibilité entre la défense pénale et les ambitions politiques suscitent une vive réaction au sein de la profession, ravivant le débat sur l’éthique et le rôle de l’avocat dans une société démocratique.
- Des propos tenus par le Dr Jaime Lombana mettent en question la légitimité de la défense de personnes impliquées dans des affaires criminelles.
- La profession d’avocat pénaliste est rappelée à son rôle essentiel de garant des droits de la défense et de la présomption d’innocence.
- L’article souligne le paradoxe de voir des avocats ayant eux-mêmes pratiqué la défense remettre en cause la légitimité du travail de leurs confrères.
La profession d’avocat pénaliste est au cœur d’une polémique suite aux déclarations du Dr Jaime Lombana, qui suggèrent qu’une carrière dédiée à la défense de personnes soupçonnées d’infractions pénales pourrait constituer un obstacle à une future carrière politique. Ces propos, qui ont suscité l’indignation de nombreux juristes, interrogent les fondements éthiques de la profession et le respect du droit à la défense.
Ce qui choque particulièrement, selon plusieurs observateurs, est que ces critiques émanent d’un avocat qui a lui-même exercé la défense pénale. S’exprimer de la sorte, estiment-ils, contredit l’essence même de la profession et trahit les principes fondamentaux sur lesquels repose l’État de droit. L’avocat pénaliste ne doit en aucun cas être confondu avec les actes ou le comportement de la personne qu’il défend.
Son rôle premier est de veiller à ce que chaque individu, quelle que soit la gravité des accusations portées contre lui ou l’opinion publique, bénéficie d’un procès équitable, respectant scrupuleusement la présomption d’innocence, les règles de procédure et le droit à une défense effective. Confondre le défenseur et le prévenu relève, selon les critiques, d’une ignorance juridique et d’une forme d’intolérance politique.
L’exercice de la défense pénale n’est pas une quête d’impunité, ni une pratique dénuée de morale. Il s’agit plutôt d’une mission essentielle visant à équilibrer la relation entre le citoyen et le pouvoir de l’État, en garantissant que la justice soit rendue sur la base de preuves tangibles et non de préjugés. La Cour suprême de justice a maintes fois rappelé que la défense technique constitue un pilier fondamental de la procédure pénale et que son exercice ne saurait être sujet à une censure sociale ou politique.
Il apparaît paradoxal et regrettable, soulignent les défenseurs du droit à la défense, que des avocats ayant eux-mêmes représenté des citoyens et des personnalités poursuivies en justice tentent de remettre en question la légitimité du travail de leurs confrères, comme si la valeur de la défense dépendait du profil de l’accusé. Si un tel critère était appliqué, aucun criminel ne serait épargné par les soupçons, ce qui anéantirait le principe même du droit à la défense.
Comme l’écrivait Ángel Osorio y Gallardo dans L’âme de la toge, l’avocat n’est pas un simple technicien du droit, mais un collaborateur de l’administration de la justice, un protecteur des droits de l’homme et un serviteur de la vérité. Cette réflexion devrait être lue attentivement par tous ceux qui, depuis les tribunes ou les médias, oublient la dimension éthique et sociale de cette profession.
Concernant les déclarations d’autres juristes politiquement actifs qui ont tenu des propos similaires, il est souligné qu’elles ne reflètent pas la position de l’ensemble de la profession. Cependant, dans le cas du Dr Lombana, sa voix, en raison de son expérience dans le domaine pénal, blesse profondément et trahit l’esprit de la profession, véhiculant l’idée que la défense pénale est une pratique suspecte plutôt qu’une mission constitutionnelle et sociale.
Le débat public peut admettre des divergences idéologiques, mais il ne saurait tolérer que soient souillés l’honneur et la dignité de l’avocat pénaliste, dont le travail, souvent silencieux, rigoureux et ingrat, garantit que la justice ne se transforme pas en vengeance. Défendre ce rôle est plus nécessaire que jamais, car si l’avocat est persécuté ou stigmatisé pour avoir assuré la défense d’autrui, c’est la justice elle-même qui est fragilisée.
