Les États membres de l’Union européenne ont décidé de mettre fin à une dérogation douanière pour les petites commandes en ligne, principalement en provenance de Chine, afin de soutenir les entreprises européennes face à une concurrence accrue. Cette mesure, qui pourrait être appliquée dès le début de l’année prochaine, vise à instaurer une plus grande équité sur le marché.
Jusqu’à présent, les colis de moins de 150 euros (174 dollars américains) importés directement aux consommateurs de l’UE étaient exemptés de droits de douane. Cette exemption a permis une explosion des importations de plateformes comme Temu, Shein et AliExpress, souvent accusées de ne pas respecter les normes européennes en matière de produits. L’année dernière, 4,6 milliards de ces petits colis sont entrés dans l’UE – soit plus de 145 par seconde – et 91 % d’entre eux provenaient de Chine. Les prévisions indiquent une augmentation continue de ce flux.
Les négociations ont abouti à un accord pour supprimer cette exonération plus tôt que prévu, initialement envisagée pour 2028. Un responsable européen a indiqué que les États membres et la Commission européenne travaillent désormais à une “solution simple et temporaire pour permettre une mise en œuvre plus rapide et dans les meilleurs délais”.
Les détaillants européens se plaignent d’une concurrence déloyale, estimant que ces plateformes étrangères ne sont pas soumises aux mêmes contraintes réglementaires qu’eux. « Parvenir à un accord politique (…) envoie un signal fort indiquant que l’Europe est sérieuse en matière de concurrence loyale et de défense des intérêts de ses entreprises », a déclaré Maros Sefcovic, commissaire européen au Commerce, après l’annonce de l’accord. Il a ajouté : « L’Europe doit être capable de protéger efficacement ses frontières et de maintenir une concurrence loyale. »
Cette décision s’inscrit dans une démarche plus large de l’UE visant à renforcer la compétitivité du continent et à alléger les contraintes administratives pour les entreprises européennes.
La France, particulièrement concernée par ce phénomène – avec près de 800 millions de colis de ce type réceptionnés en 2023 – a salué cette avancée. Le ministre français de l’Économie, des Finances et de la Relance, Roland Lescure, a affirmé que les efforts de Paris avaient « payé ». « C’est une étape clé pour la protection des consommateurs européens et pour que le marché intérieur lutte plus efficacement pour empêcher l’entrée de produits dangereux et non conformes à notre réglementation européenne », a-t-il déclaré à l’AFP. « Nous avons franchi une étape majeure pour la souveraineté économique de l’Union européenne », a-t-il ajouté.
Parallèlement à cette décision, la Commission européenne avait proposé en mai l’instauration de frais de traitement de 2 euros pour les petits colis. Si les États membres ne se sont pas encore accordés sur le montant exact de cette taxe, ils espèrent la voir appliquée à partir de fin 2026. Certains pays, impatients, ont déjà pris des initiatives nationales, comme la Roumanie, qui a instauré une taxe de 5 euros sur les petits colis.
