Publié le 27 décembre 2025 12h00. Washington a considérablement renforcé les contrôles sur les drones de fabrication étrangère, une mesure qui équivaut à une interdiction de facto des produits de DJI, le leader chinois du marché, suscitant une ruée vers l’acquisition de composants et des inquiétudes quant à l’avenir de secteurs entiers.
- La Commission fédérale des communications (FCC) américaine a placé les drones et leurs composants étrangers sur une « liste noire », invoquant des préoccupations de sécurité nationale.
- Cette décision a provoqué un engouement pour l’achat de drones et de pièces DJI par les opérateurs américains, craignant des ruptures d’approvisionnement.
- Plusieurs acteurs du secteur dénoncent une mesure qui pénalise la concurrence et pourrait freiner le développement de secteurs dépendants de la technologie des drones.
Les États-Unis ont franchi une nouvelle étape dans sa politique de restriction des technologies chinoises, en ciblant cette fois le marché des drones. La Commission fédérale des communications (FCC) a annoncé l’inscription sur une liste de contrôle de tous les drones et composants fabriqués à l’étranger, justifiée par des « menaces inacceptables à la sécurité nationale ». Cette décision, qui prendra effet en juillet 2025, revient à exclure de facto les produits du géant chinois DJI, qui domine largement le marché américain.
L’annonce a immédiatement déclenché une vague d’achats massifs de drones et de pièces détachées DJI par les opérateurs américains. On compte actuellement près de 500 000 professionnels certifiés dans le secteur aux États-Unis, et beaucoup se préparent à une possible pénurie. Certains ont même fait part de leur mécontentement au Congrès, arguant que l’expertise de DJI est difficilement remplaçable et qu’une interdiction totale pourrait nuire à des industries entières.
Selon les données du secteur, DJI détient entre 70 % et 90 % du marché américain des drones, tant pour les usages commerciaux que pour les particuliers. Ses appareils sont particulièrement prisés pour leur précision de positionnement et la stabilité de leur transmission d’images, des atouts essentiels dans des domaines aussi variés que la construction d’infrastructures, la surveillance agricole et les opérations de secours.
Eric Ebert, directeur de l’American Building Monitoring Company, souligne la difficulté pour les fabricants américains de rivaliser avec les performances des drones chinois. Il explique que sept opérateurs de son entreprise utilisent quotidiennement des drones DJI pour surveiller des milliers d’hectares (environ 2 471 acres) de chantiers de construction d’installations d’énergie solaire et éolienne. La maîtrise des systèmes de commandes de vol et de la transmission d’images par DJI permet une appréhension rapide de la situation sur des sites étendus, un avantage jugé irremplaçable.
« Les consommateurs américains choisissent DJI non pas en raison de son origine, mais en raison de la fiabilité de ses produits, de leur prix compétitif, de leurs fonctionnalités complètes et de leur disponibilité constante. »
Greg Reverdiau, fondateur du Pilot Institute
Greg Reverdiau, fondateur du Pilot Institute, un organisme de recherche sur les drones basé en Arizona, estime que les restrictions imposées par le gouvernement américain pour des raisons de sécurité nationale masquent en réalité les difficultés des entreprises locales à tenir tête à la concurrence. Il rappelle l’exemple de GoPro (GPRO-US), qui avait brièvement collaboré avec DJI avant de voir son partenariat rompu en raison de désaccords sur le partage des bénéfices. GoPro avait ensuite tenté de se lancer sur le marché des drones en solo, mais ses produits n’ont pas réussi à rivaliser avec DJI en termes de fonctionnalités et de stabilité, conduisant à l’abandon de son projet.
En parallèle, DJI a continué à investir dans la recherche et le développement, élargissant son offre à des domaines connexes tels que les capteurs d’images, les caméras d’action et les systèmes de conduite intelligente. Selon le fondateur de Brinc Drones, un fabricant de drones basé à Seattle, les interdictions répétées imposées par le gouvernement américain aux drones chinois pourraient se révéler contre-productives, en renforçant la position des marques chinoises sur le marché.
« Actuellement, aucune entreprise américaine ne peut véritablement rivaliser avec DJI en termes de performances et de maturité des produits. Bloquer les importations ne fera qu’inciter les utilisateurs américains à se constituer des stocks avant l’entrée en vigueur de l’interdiction, ou à se retrouver sans solution. »
Fondateur de Brinc Drones
Les restrictions américaines s’inscrivent dans une logique de durcissement à l’égard de DJI, qui avait déjà été placé sur une liste de sanctions du ministère de la Défense dès 2017, sous le prétexte qu’il pourrait fournir des données sensibles au gouvernement chinois. En 2024, la Chambre des représentants américaine a intégré la « loi sur la lutte contre les drones chinois » à la loi sur l’autorisation de la défense nationale pour l’exercice 2025, limitant davantage les perspectives de développement de DJI aux États-Unis.
La dernière série de restrictions équivaut presque à une exclusion totale des drones chinois du marché américain. Si l’utilisation des équipements existants sera encore autorisée, le service après-vente et la fourniture de pièces détachées pourraient être compromis.
En réponse à ces mesures, DJI a exprimé ses regrets et dénoncé une politique qui porte atteinte au principe de concurrence loyale et limite le choix des consommateurs américains. L’entreprise a souligné que ses produits ont passé avec succès les tests de sécurité et de fiabilité exigés par les normes internationales et par plusieurs organismes indépendants.
Un rapport du Center for Strategic Research, un groupe de réflexion américain, estime que DJI contrôle jusqu’à 90 % du marché américain des drones commerciaux, couvrant des secteurs clés tels que l’agriculture, la construction et le maritime, et qu’il est susceptible de conserver sa position dominante à court terme. Le rapport suggère que les États-Unis concentrent leurs efforts sur le développement d’une industrie locale de drones afin de réduire l’influence de DJI à long terme.
