Publié le 2024-10-27 10:00:00. Alors que l’année 2050 approche, la communauté scientifique anticipe des défis majeurs et des avancées potentiellement révolutionnaires, allant de la lutte contre le changement climatique à la conquête de Mars, en passant par les promesses de l’intelligence artificielle et de la médecine personnalisée.
- D’ici 2040, le réchauffement climatique pourrait dépasser les 2°C au-dessus des niveaux préindustriels, poussant à envisager des interventions directes sur le climat, potentiellement controversées.
- La capture du dioxyde de carbone pourrait devenir un moteur d’innovation économique, ouvrant la voie à de nouvelles applications dans divers secteurs.
- L’intelligence artificielle générale pourrait être une réalité d’ici 2050, capable de répondre à des questions scientifiques complexes actuellement hors de portée.
Selon un article récent du magazine Nature, les prochaines décennies s’annoncent comme une période de transformations profondes pour la science. Les experts prévoient des défis considérables, mais aussi des opportunités sans précédent dans des domaines aussi variés que le climat, l’exploration spatiale, la biologie et la physique.
Guy Brasseur, modélisateur climatique de l’Institut Max Planck de météorologie, met en garde contre un réchauffement climatique qui pourrait dépasser les 2°C d’ici 2040. Il anticipe que le débat politique passera rapidement de la simple reconnaissance du problème à la discussion d’interventions directes sur le climat. Il souligne le risque que certains pays optent pour des solutions unilatérales, comme l’injection de particules dans l’atmosphère, qui pourraient avoir des conséquences imprévisibles sur les régimes de précipitations et accentuer les inégalités mondiales.
« Je pense que cela devrait être interdit »,
Guy Brasseur, modélisateur climatique à l’Institut Max Planck de météorologie
M. Brasseur s’inquiète également du fait que l’attention se détourne des enjeux climatiques au profit de préoccupations plus immédiates.
« Si nous parlons de science du climat, les gens ne veulent tout simplement rien savoir à ce sujet parce qu’ils ont beaucoup plus peur des autres sujets. Ils veulent de la nourriture, ils veulent la paix. »
Guy Brasseur, modélisateur climatique à l’Institut Max Planck de météorologie
Ce constat laisse craindre que le monde soit confronté à un réchauffement de 3°C, voire plus, d’ici la fin du siècle.
Cependant, des perspectives plus optimistes émergent. Elina Hiltunen, chercheuse à l’Université de la Défense nationale d’Helsinki, envisage un avenir où la capture du dioxyde de carbone deviendrait un moteur d’innovation et de croissance économique, permettant de fabriquer des matériaux, des carburants et même des médicaments à partir de l’air.
L’Agence spatiale européenne consulte déjà la communauté scientifique sur les missions clés à mener d’ici 2050, notamment des détecteurs d’antimatière, le transport d’échantillons gelés provenant d’une comète et l’atterrissage d’un rover sur la surface de Mercure.
L’attention médiatique se concentre particulièrement sur la mission habitée vers Mars. La NASA ambitionne d’envoyer des humains sur la planète rouge avant 2050, tandis qu’Elon Musk, le fondateur de SpaceX, affirme que sa société pourrait bientôt réaliser un voyage sans pilote vers la planète rouge.
Emilie Javorski, de l’Institut du futur de la vie, exprime toutefois son scepticisme quant à la faisabilité à court terme de ces projets, soulignant les défis biologiques considérables que pose l’exposition aux radiations et les effets à long terme de la microgravité.
« Il s’agit d’un domaine géré principalement par des ingénieurs qui sous-estiment grandement les défis biologiques »,
Emilie Javorski, Institut du futur de la vie
L’arrivée de l’intelligence artificielle générale (IAG) est également attendue d’ici 2050. Nick Bostrom, auteur de Superintelligence : voies, dangers, stratégies (2014), estime que l’IAG pourrait permettre de répondre à la plupart des questions scientifiques actuelles. Alex Ayad, de Déjouer les connaissances, reconnaît le potentiel révolutionnaire de l’IA, tout en soulignant la difficulté de prévoir les évolutions au-delà de la prochaine décennie.
Selon M. Ayad, des systèmes autonomes pilotés par des algorithmes effectueront de plus en plus d’expériences dans des “laboratoires éteints”, c’est-à-dire sans intervention humaine directe, accélérant ainsi le rythme de la recherche en biotechnologie.
Dans le domaine de la physique, de nouveaux capteurs quantiques, capables de détecter des signaux infimes, pourraient permettre la détection de trous noirs primordiaux et contribuer à élucider la nature de l’énergie noire et de la matière noire, selon Juan Carlos Hidalgo de l’Université nationale autonome du Mexique.
Les progrès réalisés dans le domaine de la fusion nucléaire au cours des dernières années sont également encourageants, et M. Hidalgo est optimiste quant à la possibilité d’une technologie mature d’ici 2050.
Enfin, l’astronome René Heller de l’Institut Max Planck souligne que même si des millions d’exoplanètes sont découvertes d’ici 2050, la confirmation de la vie extraterrestre pourrait prendre des décennies de débats et d’analyses. Il estime qu’il s’agira d’un processus de convergence vers une théorie acceptée, qui pourrait aboutir, avec un peu de chance, vers la fin du siècle.
Le consensus général est que les avancées scientifiques de 2050 dépendront du progrès technologique, mais aussi des priorités politiques et économiques mondiales. La science restera un domaine ouvert au débat et à l’exploration dans les décennies à venir.
