Publié le 10 janvier 2026. Le nouveau film de Chloé Zhao, Hamnet, explore avec une intensité bouleversante le deuil d’une mère suite à la mort de son fils, offrant une relecture poétique et sombre de l’inspiration derrière la célèbre tragédie d’Hamlet.
- Jessie Buckley livre une performance exceptionnelle dans le rôle d’Agnès Shakespeare, une femme confrontée à une perte inimaginable.
- Paul Mescal incarne William Shakespeare, dépeint ici comme un homme pragmatique et distant, en contraste avec la sensibilité intuitive de sa femme.
- Le film, visuellement époustouflant, explore les liens entre la douleur personnelle et la création artistique.
Hamnet, adaptation du roman acclamé de Maggie O’Farrell, ne se veut pas une biographie conventionnelle de Shakespeare. Chloé Zhao, la réalisatrice oscarisée pour Nomadland, choisit de se concentrer sur le cercle intime du dramaturge, et plus particulièrement sur sa femme, Agnès (appelée Anne Hathaway dans certaines sources historiques), et la mort de leur fils Hamnet, survenue en 1596. Le film s’éloigne des reconstitutions historiques grandiloquentes pour privilégier une approche intimiste et sensorielle, plongeant le spectateur dans l’atmosphère rurale et sauvage de l’Angleterre élisabéthaine.
La performance de Jessie Buckley est au cœur de cette œuvre poignante. Elle incarne Agnès avec une force brute et une vulnérabilité déchirante, capturant la complexité d’une femme à la fois ancrée dans la nature et hantée par la perte. On pourrait difficilement imaginer une actrice plus à même d’explorer de telles profondeurs émotionnelles, tout en maintenant une subtilité remarquable. Comme l’a souligné l’acteur Laurence Olivier, évoquant ses propres expériences théâtrales, il y a une dimension animale dans la souffrance, une sensation de piège et d’impuissance. Il expliquait à propos d’une production d’Œdipe Rex : « Dans l’Arctique, ils déposent du sel et l’hermine vient le lécher. Et sa langue se fige sur la glace. J’y ai pensé quand j’ai crié en tant qu’Œdipe. »
Paul Mescal, quant à lui, offre une interprétation nuancée de Shakespeare, le dépeignant comme un homme absorbé par son travail et quelque peu détaché des émotions de sa femme. Leur relation, initialement marquée par une attraction mutuelle et une fascination pour leurs différences, est progressivement érodée par la distance et le deuil. Leur rencontre, filmée avec une tendresse pastorale, présente Agnès comme une femme instinctive et sauvage, connectée aux forces primordiales de la nature. Zhao, qui a coécrit le scénario avec Maggie O’Farrell, explore ainsi les racines profondes de la créativité shakespearienne, suggérant que la tragédie personnelle a pu être le catalyseur de l’écriture d’Hamlet.
La photographie de Łukasz Zal, nommé aux Oscars pour Ida et Guerre froide, contribue grandement à l’atmosphère envoûtante du film. Les paysages gallois, baignés d’une lumière douce et humide, deviennent le reflet de l’état émotionnel des personnages. Le réalisateur de la photographie parvient à capturer la beauté sauvage et la mélancolie de la campagne anglaise, créant un univers visuel à la fois réaliste et onirique.
Le dernier acte du film, centré sur le deuil d’Agnès, est particulièrement poignant. Si certaines scènes, comme celle où Shakespeare déclame un monologue d’Hamlet sur les rives de la Tamise, peuvent sembler un peu forcées, l’intensité émotionnelle de l’ensemble reste indéniable. Certains critiques ont même qualifié le film de « porno de deuil », une comparaison provocatrice qui souligne l’exploration sans concession de la douleur et de la perte. La bande originale, qui inclut des compositions de Max Richter, renforce l’atmosphère sombre et mélancolique du film, bien que l’utilisation de certains morceaux puisse paraître un peu répétitive.
Hamnet est un film exigeant, qui ne cherche pas à offrir des réponses faciles. Il s’agit plutôt d’une méditation sur la nature du deuil, la complexité des relations humaines et le pouvoir de l’art à transformer la souffrance en beauté. Un film qui, malgré ses imperfections, laisse une impression durable et bouleversante.
En salles à partir du vendredi 9 janvier 2026

