Home DivertissementAnthony Hopkins, les sombres mémoires d’un ex-Asperger alcoolique et lauréat de deux Oscars | Cinéma : premières et critiques

Anthony Hopkins, les sombres mémoires d’un ex-Asperger alcoolique et lauréat de deux Oscars | Cinéma : premières et critiques

by Antoine Girard

Publié le 2024-02-28 10:00:00. À 87 ans, l’acteur Anthony Hopkins revient sur une carrière exceptionnelle, marquée par des rôles iconiques comme Hannibal Lecter, mais aussi par des luttes personnelles et une quête de rédemption, à travers ses récentes mémoires.

  • Anthony Hopkins révèle comment Jonathan Demme l’a convaincu de jouer Hannibal Lecter dans Le Silence des agneaux, un rôle qui a propulsé sa carrière à l’échelle mondiale.
  • L’acteur gallois évoque son alcoolisme de longue date et sa relation complexe avec son père, des thèmes récurrents dans sa vie et son œuvre.
  • Ses mémoires dévoilent une enfance solitaire et une ambition artistique précoce, nourrie par une passion pour le théâtre et la littérature.

Anthony Hopkins, l’acteur gallois dont le talent a marqué plusieurs générations, se livre avec une rare sincérité dans ses mémoires récemment publiées, Nous avons bien fait, mon garçon (Cúpula Books, traduction d’Eva Raventós). Il y raconte notamment sa rencontre décisive avec le réalisateur Jonathan Demme à Londres, après avoir assisté à une représentation théâtrale d’M. Papillon, dans laquelle jouait Anthony Hopkins. À l’issue du spectacle, ils ont partagé un dîner qui allait changer le cours de sa carrière.

Demme avait déjà en tête un scénario qu’il jugeait prometteur : Le Silence des agneaux. Il savait que Jodie Foster était déjà engagée pour le rôle principal et souhaitait ardemment que Hopkins incarne le terrifiant Hannibal Lecter. L’acteur se souvient avoir réfléchi à la manière d’aborder ce personnage complexe :

« Comme le supercalculateur HAL dans 2001, une odyssée spatiale. Silencieux et intime. »

Anthony Hopkins

Ce rôle, qu’il a finalement accepté, a transformé Hopkins, à 53 ans, d’acteur respecté en star internationale. Il décrit ce tournage comme l’un des plus enrichissants de sa vie.

L’histoire d’Hopkins est celle d’un garçon, surnommé « Daniel le maladroit » et « Tête d’éléphant », qui a grandi dans les rues de Port-Talbot, au Pays de Galles. Il se décrit comme un « jeune voyou » et évoque son alcoolisme de plusieurs décennies. Pourtant, il était aussi un passionné de Shakespeare et un acteur talentueux, dont le destin croisa celui de Richard Burton alors qu’il était adolescent.

Hopkins établit un parallèle frappant entre sa propre trajectoire et celle de Burton, qu’il a rencontré à l’âge de 15 ans. Tous deux ont été marqués par une relation difficile avec leurs parents et ont, à un moment donné de leur vie, choisi de rompre avec leur héritage familial. Burton, en raison de l’alcoolisme de son père, et Hopkins, en raison de son caractère intransigeant :

« Mon père était comme ça : pas de bêtises, pas d’inexactitudes. »

Anthony Hopkins

L’acteur se souvient d’une expérience marquante à l’âge de 11 ans, lorsqu’il a assisté à une représentation de Hamlet par Laurence Olivier. Il fut captivé par la puissance du texte et la performance de l’acteur, une expérience qui a renforcé son désir de devenir comédien.

Il évoque également un moment clé de sa vie, lorsqu’il a annoncé à ses parents, face à un énième bulletin scolaire décevant, qu’il leur prouverait un jour qu’ils avaient tort. Cette détermination, nourrie par son talent pour la récitation, lui a permis de surmonter les obstacles et de réaliser son rêve.

Hopkins décrit son passage au Théâtre National, dirigé à l’époque par Olivier, et ses débuts au cinéma en 1968, aux côtés de Katharine Hepburn et Peter O’Toole dans Le lion en hiver. Ces années furent marquées par des luttes intenses, un alcoolisme omniprésent et des altercations avec ses collègues et réalisateurs.

Le 29 décembre 1975, Hopkins a pris la décision de se soigner et d’arrêter de boire, après avoir réalisé qu’il mettait sa vie et celle des autres en danger. Cette décision a marqué un tournant dans sa vie et lui a permis de se concentrer pleinement sur sa carrière.

Il se souvient avec émotion du tournage de L’homme éléphant réalisé par David Lynch, une expérience qui a coïncidé avec les derniers mois de sa vie paternelle. Il évoque également son succès avec La lettre finale (1987) et son retour au théâtre avec M. Papillon, une pièce qui l’ennuyait profondément jusqu’à ce qu’il reçoive l’appel de son agent lui proposant le rôle d’Hannibal Lecter.

Hopkins explique qu’il aborde les rôles de méchants avec une approche particulière, inspirée par son expérience sur scène dans le rôle d’Iago dans Othello. Il cherche à explorer les motivations profondes de ses personnages et à les interpréter avec nuance et complexité :

« J’ai le diable en moi. Nous avons tous le diable en nous. »

Anthony Hopkins

Il évoque également une anecdote survenue lorsqu’il était enfant, lorsqu’il a découvert une araignée noire dans l’interrupteur, une image qui symbolise pour lui la présence du mal et la nécessité de l’affronter.

L’acteur conclut en soulignant l’importance de suivre ses rêves et de ne jamais abandonner ses aspirations. Il affirme que le meilleur rôle qu’il ait jamais joué est celui du roi Lear et que son deuxième Oscar, reçu pour Le Père, l’a surpris alors qu’il dormait lors d’une visite au Pays de Galles.

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