Les collectionneurs d’art peuvent désormais transformer leurs œuvres en une source de revenus tout en optimisant leur fiscalité grâce à un montage financier de plus en plus prisé : la fiducie résiduaire caritative (CRUT). Cette solution permet de différer l’impôt sur les plus-values et de soutenir des œuvres philanthropiques.
Posséder une œuvre d’art représente un coût, tant en termes d’acquisition que de conservation, sans générer de revenus directs. En cas de vente, l’ancien propriétaire doit s’acquitter d’impôts considérables sur les plus-values, qui peuvent atteindre environ 41 % aux États-Unis (28 % à l’IRS, 12 % d’impôt d’État pour les résidents de New York, plus une surtaxe fédérale de 3,8 % pour les hauts revenus, moins la déduction de l’impôt sur le revenu de l’État). La fiducie résiduaire caritative offre une alternative.
Le principe est simple : le collectionneur transfère son œuvre d’art à une fiducie. Un administrateur (fiduciaire) se charge ensuite de la vente au moment le plus opportun. Le produit de la vente est exonéré d’impôt et peut être réinvesti au sein de la fiducie. « Si un collectionneur vend un tableau d’une valeur de 1 million de dollars (environ 930 000 euros), il ne conservera que 590 000 dollars (environ 547 000 euros) après impôts », explique Lawton Leung, associé au cabinet d’avocats Withers, spécialisé dans les fiducies et successions. « En plaçant le tableau dans un CRUT, il conserve l’intégralité du million de dollars et reporte l’impôt sur les plus-values. »
Une partie des revenus de la vente – généralement entre 5 et 8 % – est ensuite versée annuellement aux bénéficiaires, souvent le donateur et son conjoint. La durée de la fiducie peut être déterminée à l’avance, mais la plupart prennent fin au décès du dernier bénéficiaire, les fonds restants étant reversés à des organismes de bienfaisance désignés.
Selon Lawton Leung, « il s’agit d’une stratégie de report d’impôt. La fiducie caritative est considérée comme une entité exonérée d’impôt. Ainsi, la vente de l’œuvre d’art ne déclenche pas d’impôt immédiat. L’imposition intervient lors de la distribution des revenus de la fiducie, c’est-à-dire lorsque le donateur reçoit les paiements, qui peuvent être versés trimestriellement, annuellement ou mensuellement. »
Le fonctionnement d’un CRUT est comparable à celui d’un plan d’épargne retraite (401(k) ou IRA), les actifs pouvant être réinvestis et croître sans imposition immédiate. « Nous recommandons particulièrement les fiducies résiduaires caritatives lorsque des plus-values importantes peuvent être différées », précise Leung.
Les CRUT permettent ainsi aux collectionneurs de profiter des prix actuels du marché de l’art, de générer des revenus complémentaires pour leur retraite et de réaliser leurs objectifs philanthropiques. Il est toutefois prévu qu’au moins 10 % de la valeur initiale de la fiducie soit destinée à une œuvre caritative.
Il existe cependant des contraintes. Une fois l’œuvre d’art transférée à la fiducie, le collectionneur ne peut plus en disposer librement. Elle doit être conservée dans un lieu sécurisé, comme une banque, un cabinet d’avocats, une galerie d’art ou un entrepôt spécialisé.
La création d’un CRUT s’inscrit généralement dans une stratégie globale de planification successorale. Le coût de mise en place est d’environ 10 000 dollars (environ 9 300 euros). La première étape consiste à transférer irrévocablement l’œuvre d’art au fiduciaire. Un calcul actuariel de l’IRS détermine ensuite, en fonction de l’âge des bénéficiaires et du taux de versement, le montant qui leur sera versé pendant la durée de vie de la fiducie et celui qui sera reversé à l’organisme de bienfaisance. Le donateur peut alors déduire une partie de ce don sur ses impôts, étalée sur cinq ans, en fonction du coût initial de l’œuvre d’art.
Par exemple, si l’IRS estime que 70 % des actifs de la fiducie iront aux bénéficiaires et 30 % à l’organisme de bienfaisance, le donateur pourra déduire 30 % du coût initial de l’œuvre. Un tableau acheté 100 000 dollars (environ 93 000 euros) donnera droit à une déduction de 30 000 dollars (environ 28 000 euros).
Chaque année, les bénéficiaires reçoivent un pourcentage fixe de la valeur des actifs de la fiducie. Si une peinture génère 1 million de dollars de produit net et que le taux de versement est de 5 %, le bénéficiaire recevra 50 000 dollars (environ 46 500 euros) la première année. Ces paiements sont imposables, mais les actifs restants continuent de croître sans imposition immédiate. Le collecteur bénéficie ainsi d’une déduction fiscale initiale et paie des impôts au fur et à mesure qu’il reçoit les revenus de la fiducie.
Il existe différents types de CRUT, notamment les fiducies de rente résiduaire caritative, qui versent un paiement fixe chaque année, et les fiducies unitaires, dont les versements varient en fonction des performances de la fiducie.
Les CRUT sont particulièrement adaptés aux personnes qui planifient leur retraite et souhaitent optimiser leurs revenus tout en réduisant leurs coûts et leurs impôts. Ils offrent une solution pour se séparer d’actifs artistiques sans encourir une lourde facture fiscale, tout en soutenant des causes philanthropiques.
Le choix de l’organisme de bienfaisance n’est pas définitif lors de la création de la fiducie et peut être modifié ultérieurement.
