Publié le 13 octobre 2025 07:50:00. Une étude menée auprès de femmes vivant avec le VIH à Addis-Abeba révèle une prévalence élevée de l’infection par les papillomavirus humains (HPV) à haut risque, soulignant la nécessité d’un dépistage renforcé et d’une prise en charge adaptée.
- Près d’un quart (27,8 %) des femmes vivant avec le VIH (WWH) à Addis-Abeba sont infectées par le HPV à haut risque.
- Les génotypes HPV 16 et 18, les plus courants à l’échelle mondiale, représentent respectivement 15,3 % et 4 % des infections, mais une proportion importante (73,3 %) est due à d’autres génotypes à haut risque.
- Plus de 80 % des femmes testées positives pour le HPV à haut risque ont participé au suivi par test VIA, révélant une lésion cervicale chez 15,5 % d’entre elles.
La prévalence de l’infection par le HPV à haut risque chez les femmes vivant avec le VIH à Addis-Abeba est plus élevée que celle observée dans d’autres études menées en Éthiopie. Cette différence pourrait s’expliquer par une capacité réduite de l’organisme à éliminer l’infection et par la réactivation des infections latentes au HPV, conséquences de la suppression immunitaire liée au VIH. Une étude menée dans le centre-sud de l’Éthiopie auprès de la population générale avait par exemple mis en évidence une prévalence du HPV de 23,2 %, et du HPV à haut risque de 20,5 % 17. Une autre étude, réalisée à l’hôpital Attat, indiquait une prévalence du HPV de 17,3 % et du HPV à haut risque de 16 % 9.
L’étude a également révélé que les femmes âgées de 25 à 29 ans présentent un risque plus élevé d’infection par le HPV à haut risque que celles de 40 à 49 ans. Cette observation est cohérente avec d’autres recherches qui montrent une prévalence plus importante du HPV à haut risque chez les jeunes femmes, l’infection étant souvent éliminée naturellement avec le temps. Des études menées en Afrique du Sud et au Kenya confirment cette tendance, soulignant que la prévalence du HPV à haut risque est la plus élevée dans la tranche d’âge des 18 à 25 ans 19, 32. Ce phénomène pourrait être lié à des comportements sexuels à risque plus fréquents chez les jeunes adultes 30, 25.
Par ailleurs, les femmes mariées ou veuves présentent un risque plus faible d’infection par le HPV à haut risque que les femmes divorcées, un résultat corroboré par d’autres études menées en Italie et au Ghana 24, 25.
Concernant le suivi, 83 % des femmes testées positives pour le HPV à haut risque ont participé au dépistage par VIA, et 15,5 % d’entre elles ont présenté des lésions cervicales. Ce résultat est comparable à ceux d’une étude menée dans la région d’Amhara, qui avait mis en évidence une prévalence de lésions cervicales de 13,1 % 26. La prévalence des lésions cervicales observée dans cette étude est plus élevée que dans d’autres recherches qui n’ont pas initialement dépisté l’infection par le HPV à haut risque avant d’évaluer les lésions cervicales 27, 28, 29.
Enfin, l’étude a montré que les femmes ayant des antécédents d’infections sexuellement transmissibles (IST) présentent un risque accru de lésions cervicales diagnostiquées par VIA (un risque 1,69 fois plus élevé). Cette association pourrait s’expliquer par la coexistence fréquente des lésions précancéreuses du col de l’utérus dues au HPV à haut risque avec d’autres IST, en raison de modes de transmission similaires 15, 30. L’inflammation cervicale associée aux IST pourrait également contribuer à des résultats faussement positifs au test VIA 31.
La force de cette étude réside dans l’inclusion de toutes les femmes ayant subi un test ADN-HPV dans 16 établissements de santé pilotes, permettant ainsi de constituer un échantillon de grande taille par rapport à d’autres études éthiopiennes. La diversité géographique des établissements pilotes à Addis-Abeba renforce également la représentativité de l’échantillon.
Cependant, l’étude présente certaines limites. Le test Abbott Real-Time hrHPV utilisé pour analyser les génotypes HPV à haut risque ne permet pas d’identifier précisément les génotypes autres que HPV 16 et 18, les regroupant sous la dénomination « autres génotypes HPV à haut risque ». De plus, l’analyse des résultats aurait pu être enrichie par la prise en compte d’autres facteurs indépendants tels que l’âge au premier rapport sexuel, le nombre de partenaires sexuels, le nombre de cellules CD4 et la charge virale, mais ces données n’étaient pas disponibles dans les registres utilisés pour l’étude.
