Publié le 2024-05-16 10:35:00. Un traitement à base de lidocaïne, un anesthésique local, offre un espoir aux personnes souffrant de symptômes persistants après la Covid-19, selon une étude observationnelle néerlandaise. Des améliorations significatives, voire une disparition complète des symptômes, ont été rapportées chez la majorité des patients suivis.
- Une étude observationnelle suggère que la lidocaïne, administrée par voie sous-cutanée, pourrait réduire significativement les symptômes du syndrome post-Covid (long Covid).
- 28 des 30 symptômes fréquemment rapportés par les patients ont montré une amélioration, incluant les douleurs nerveuses, le brouillard cérébral et la fatigue post-effort.
- Le traitement, bien que prometteur, est coûteux (plus de 3 000 euros par mois) et nécessite des recherches supplémentaires pour confirmer son efficacité et déterminer la posologie optimale.
Des patients souffrant de syndrome post-Covid, également connu sous le nom de long Covid, pourraient bénéficier d’un traitement inattendu : la lidocaïne. Une étude récente, menée par des chercheurs de la Vrije Universiteit Amsterdam, suggère que cet anesthésique local, déjà utilisé depuis des années pour soulager la douleur, pourrait atténuer considérablement les symptômes persistants de la maladie.
L’étude, publiée dans la revue scientifique eClinical Medicine, a suivi un groupe de patients souffrant de symptômes post-Covid depuis en moyenne 2,5 ans. Les résultats sont encourageants : les chercheurs ont observé une diminution de 28 des 30 plaintes les plus courantes, notamment les douleurs nerveuses et les troubles neurologiques tels que le brouillard cérébral, le malaise post-effort (PEM) et la surstimulation. Certains patients, auparavant alités jusqu’à 20 heures par jour, ont connu des améliorations notables.
« Après une semaine, le brouillard dans ma tête s’est soudainement dissipé. J’ai pu à nouveau avoir des conversations normales et tolérer la lumière et le bruit. Chaque jour, j’ai gagné quelque chose. Je n’ai pas récupéré à 100 pour cent, mais c’est une différence entre le jour et la nuit. »
Jessica Villerius, documentariste atteinte du long Covid
Jessica Villerius, une documentariste atteinte du long Covid, témoigne de l’impact positif du traitement sur sa vie, partageant son expérience sur Instagram. Elle décrit une amélioration spectaculaire de sa qualité de vie après « quatre années misérables ».
L’origine de cette découverte remonte à Excellent Care Clinics, une clinique indépendante spécialisée dans le traitement de la douleur neuropathique à Velsen-Noord, aux Pays-Bas. Les médecins de cette clinique, habitués à administrer de la lidocaïne par voie intraveineuse à leurs patients, ont développé une méthode permettant aux patients de s’auto-injecter le médicament sous la peau, afin de faciliter le traitement du long Covid. La lidocaïne est préparée manuellement par les pharmacies, en raison de sa composition spécifique, et coûte 27 euros par injection. Cependant, en raison de la nécessité d’injections multiples par jour, le traitement reste onéreux, dépassant les 3 000 euros par mois.
Pour Alfons Olde Loohuis, ancien médecin généraliste et conseiller médical de l’organisation de suivi C-Support, cette étude est à lire avec « un grand intérêt ». Il explique que le système immunitaire des patients post-Covid est souvent hyperactif et que la lidocaïne pourrait agir en inhibant ce mécanisme immunitaire dérégulé, réduisant ainsi l’inflammation dans divers organes.
« Ce que vous voyez, c’est que le système nerveux qui assure le stress, la relaxation, la régulation de la température, l’humeur, est devenu déséquilibré chez les patients post-Covid. Il doit en faire trop en même temps, et ces personnes ne sont plus capables de le faire. La lidocaïne agit apparemment un peu sur ces structures, permettant au système immunitaire de devenir plus calme. »
Alfons Olde Loohuis, conseiller médical de C-Support
Bien que les résultats soient prometteurs, les chercheurs soulignent la nécessité de mener des études cliniques plus approfondies pour confirmer l’efficacité du traitement et déterminer la posologie optimale. Ils notent également l’absence de groupe témoin dans l’étude actuelle, ce qui rend difficile l’affirmation d’un lien de causalité direct entre le traitement et l’amélioration des symptômes. Marc Bonten, professeur d’épidémiologie moléculaire des maladies infectieuses à l’UMC Utrecht, souligne ce point sur LinkedIn, expliquant qu’il est impossible de déterminer l’évolution naturelle des symptômes sans un groupe de contrôle recevant un placebo.
Les chercheurs souhaitent également déterminer si le traitement est plus efficace pour certains groupes de patients que pour d’autres. D’après les premières observations, les personnes obèses pourraient réagir moins bien à la lidocaïne. Enfin, la question de la durée du traitement reste ouverte : certains patients ont conservé les bénéfices après l’arrêt, tandis que d’autres doivent continuer à s’injecter le médicament, ce qui représente un coût important. Jessica Villerius lance un appel aux caisses d’assurance maladie pour rendre ce traitement accessible à tous.
