Mexico, le 15 octobre 2025. La Chambre des députés mexicaine a adopté une réforme controversée de la loi Amparo, visant à limiter les recours juridiques dans des affaires fiscales et de blanchiment d’argent, malgré les critiques de l’opposition qui dénonce une loi rétroactive déguisée.
- La réforme modifie l’article 3 transitoire de la loi Amparo pour distinguer les procédures en cours selon qu’elles sont régies par l’ancienne ou la nouvelle législation.
- Le texte vise à réduire le nombre de recours déposés par des entreprises et des individus fortunés, notamment dans le cadre de litiges fiscaux.
- L’opposition craint que cette réforme ne porte atteinte à la sécurité juridique et ne favorise les abus de pouvoir.
Adoptée avec 322 voix pour, 128 contre et trois abstentions, la réforme de la loi Amparo a suscité de vives tensions au sein de la Chambre des députés. Le débat, qui s’est prolongé jusqu’à deux heures du matin, a été marqué par des accusations mutuelles de rétroactivité et d’abus de pouvoir.
Selon Hugo Eric Flores, président de la Commission juridique (Morena), la modification de l’article 3 transitoire vise à clarifier les règles applicables aux affaires en cours. Il a précisé que les étapes déjà achevées des procédures seraient régies par l’ancienne loi, tandis que les étapes futures seraient soumises aux nouvelles dispositions.
« Il s’agit d’une question de procédure, de droit procédural pur. Il s’agit d’établir des règles claires avant la question habituelle : qu’arrive-t-il aux affaires en cours lorsqu’une nouvelle loi entre en vigueur ? »
Hugo Eric Flores, président de la Commission juridique (Morena)
L’opposition, cependant, reste sceptique. Paulina Rubio (PAN) a dénoncé une « cerise sur le gâteau » ajoutée par Morena, qualifiant le nouvel article 3 transitoire de « plus abusé qu’une pièce de monnaie ». Elle craint que cette réforme n’ouvre la porte à des pressions et à des extorsions.
Ricardo Monreal, coordinateur de Morena, a défendu la réforme en soulignant qu’elle vise à lutter contre l’évasion fiscale et le blanchiment d’argent. Il a révélé que plus de 2 073 crédits d’impôt, représentant un montant supérieur à 100 milliards de pesos (environ 5,5 milliards d’euros), sont actuellement contestés par de puissants hommes d’affaires. Il a également souligné que le délai moyen pour recouvrer ces dettes est de 16 à 22 ans, et que seuls 5 % des sommes dues sont effectivement récupérés.
La réforme prévoit notamment que les suspensions de paiement ne prendront effet que si les intérêts fiscaux sont garantis par un dépôt de garantie ou une lettre de crédit. Elle modifie également la loi organique du Tribunal fédéral de justice administrative pour exclure de sa compétence les décisions fiscales concernant des dettes déjà définitivement établies.
Emilio Suárez Licona (PRI) a exprimé son inquiétude quant à la rétroactivité de la réforme, affirmant qu’elle affaiblit la sécurité juridique. Ricardo Mejía Berdeja (PT) a, quant à lui, défendu la constitutionnalité de la nouvelle formulation.
Enfin, un amendement visant à garantir la reconnaissance de l’intérêt légitime des organisations de la société civile et des communautés indigènes dans les litiges environnementaux a été rejeté par la majorité.
