Publié le 2025-12-02 11:44:00. WhatsApp va ouvrir son réseau à d’autres applications de messagerie, une décision historique imposée par la législation européenne sur les marchés numériques (DMA) qui promet de bouleverser le paysage de la communication en ligne.
- WhatsApp permettra bientôt à ses utilisateurs européens de communiquer avec des personnes utilisant des applications de messagerie tierces.
- Les premières applications à bénéficier de cette interopérabilité seront BirdyChat et Haiket.
- Cette initiative est une conséquence directe de la Loi sur les marchés numériques (DMA) de l’Union européenne.
Pour la première fois, les utilisateurs de WhatsApp sur iOS et Android pourront activer une fonctionnalité dédiée, les « chats tiers », leur permettant d’échanger avec des contacts utilisant d’autres plateformes compatibles. Meta, la société mère de WhatsApp, a annoncé que BirdyChat, destinée aux professionnels, et Haiket, une application vocale, seront les premières à se connecter au réseau WhatsApp.
Une fois activée, cette fonctionnalité permettra l’envoi et la réception de textes, d’images, de vidéos, de notes vocales et de fichiers entre WhatsApp et ces applications partenaires. La messagerie de groupe avec des utilisateurs externes n’est pas encore disponible, mais une implémentation future est prévue.
Selon Meta, cette évolution ne se limite pas à une simple mise à jour technique. Elle est le fruit de plus de trois ans de collaboration avec des fournisseurs de messagerie européens et la Commission européenne, afin de garantir la conformité avec les obligations de la DMA tout en préservant la confidentialité des données des utilisateurs.
« La DMA exige que Meta donne aux utilisateurs de WhatsApp en Europe la possibilité de se connecter avec des personnes utilisant des services de messagerie tiers qui ont choisi de rendre leurs applications interopérables. »
Meta
Meta assure que le cryptage de bout en bout (E2EE) et les garanties de confidentialité existantes seront maintenues « autant que possible », bien que le maintien total de l’E2EE lors de la transmission de messages vers d’autres applications ne soit pas garanti.
Égaliser les règles du jeu
La DMA, dont l’objectif est de limiter le pouvoir des « gardiens du marché », impose aux plateformes dominantes de garantir une concurrence loyale en permettant aux acteurs plus petits de se connecter à leurs systèmes. WhatsApp, qui détient une part de marché significative en Europe, a longtemps été perçu comme un écosystème fermé, limitant la concurrence en raison de sa taille.
En ouvrant son réseau, WhatsApp offre aux petites applications de messagerie une opportunité réelle d’atteindre un public plus large, souvent confiné aux plateformes privilégiées par leurs contacts. Ce changement pourrait transformer WhatsApp en un service de messagerie plus universel, où les utilisateurs pourraient choisir le fournisseur de leur choix tout en restant connectés avec tous leurs contacts.
Cette adaptation de Meta intervient dans un contexte de tensions réglementaires en Europe. L’entreprise a déjà été confrontée à des interdictions de publicités personnalisées sur Facebook et Instagram, ainsi qu’à un examen minutieux de ses pratiques en matière de collecte de données pour l’entraînement de l’intelligence artificielle.
Contrairement à Apple, qui autorise l’installation d’applications en dehors de son App Store mais impose des commissions élevées, l’approche de Meta est considérée comme une adaptation sincère aux exigences de la DMA.
Cependant, toutes les plateformes de messagerie cryptées ne semblent pas prêtes à suivre le mouvement. Signal et Threema, réputées pour leurs normes de sécurité strictes, estiment que l’adaptation aux protocoles d’interopérabilité de Meta compromettrait leurs propres principes cryptographiques.
Des alternatives plus privées et ouvertes
Malgré la réticence de certains acteurs majeurs, les experts estiment que cette évolution pourrait dynamiser l’écosystème de messagerie européen. Element, un messager open source basé sur le protocole décentralisé Matrix, qui offre déjà des discussions chiffrées de bout en bout et une communication multiplateforme, apparaît comme un candidat prometteur.
Bien qu’Element ne se soit pas officiellement engagé à prendre en charge l’interopérabilité de WhatsApp, Matthew Hodgson, cofondateur de Matrix, a confirmé à Filaire que son équipe avait mené des travaux « expérimentaux » sur ce sujet.
Les prochains mois permettront d’évaluer la réaction des utilisateurs et de déterminer si d’autres plateformes de messagerie saisiront cette opportunité de connexion.
L’informatique dit :
Il s’agit d’une (rare) illustration des bénéfices d’une réglementation efficace. L’Union européenne, en tant que marché de grande taille, est difficile à ignorer pour les entreprises. Plutôt que de se retirer, comme certaines entreprises technologiques l’avaient envisagé avant l’entrée en vigueur de la loi britannique sur la sécurité en ligne, la taille du marché européen les oblige à adopter des normes industrielles bénéficiant aux consommateurs.
L’adoption par Apple de la norme USB-C à la place de son connecteur Lightning propriétaire en est un autre exemple probant.
