La Fête des Lumières de Lyon, événement mondialement reconnu, trouve ses racines dans une histoire riche en épreuves et en dévotions mariales. Des épidémies dévastatrices aux menaces de guerre, la ville a à plusieurs reprises invoqué la protection de la Vierge Marie, donnant naissance à une tradition unique qui s’est transformée au fil des siècles.
L’histoire remonte au moins au IIe siècle, avec Saint Pothin, premier évêque de Lyon, et les premiers martyrs lyonnais. Mais c’est au Moyen Âge que le culte marial prend véritablement son essor. En 1168, une première chapelle dédiée à Marie est érigée sur la colline de Fourvière. Au fil des siècles, cette chapelle devient un lieu de recueillement et d’espoir, particulièrement en temps de crise.
En 1638, une épidémie de scorbut frappe les orphelins de l’Hospice de la Charité. Les responsables de l’établissement se tournent vers la chapelle de Fourvière, et, selon les témoignages, leurs prières sont exaucées : la maladie prend fin. En 1643, c’est une épidémie de peste qui menace la ville. Les échevins (magistrats municipaux) organisent une procession pour implorer la Vierge Marie d’épargner Lyon, promettant de lui rendre hommage chaque année. Cette promesse donne naissance au Vœu des Échevins, célébré chaque 8 septembre.
Deux siècles plus tard, en 1832, le choléra ravage la France. Lyon, une fois de plus, implore l’intercession de Marie et est épargnée. En signe de gratitude, il est décidé de construire une statue monumentale à la gloire de la Vierge à Fourvière. Le sculpteur Joseph-Hugues Fabisch est chargé de réaliser cette œuvre imposante, haute de 5,90 mètres. L’inauguration est initialement prévue le 8 septembre 1852, jour de la Nativité de la Vierge, mais une crue de la Saône inonde l’atelier de fonderie, retardant le projet.
Une nouvelle date est fixée au 8 décembre, jour de l’Immaculée Conception (deux ans avant que ce dogme ne soit officiellement proclamé). Cependant, la pluie s’invite à la cérémonie et le feu d’artifice prévu est annulé. « Les Lyonnais ont alors eu l’idée d’illuminer leurs rambardes avec des lampions, comme le rapportent les témoignages de l’époque », explique Véronique Menuel, guide de l’association Lyon Cathédrale.
L’année suivante, cette illumination spontanée devient une tradition, et les Lyonnais allument à nouveau des lumignons le 8 décembre. Cette pratique est à l’origine de la Fête des Lumières telle que nous la connaissons aujourd’hui. Au fil du temps, l’événement a évolué, avec l’introduction du plan Lumière en 1989 et la création d’une édition sur quatre soirs en 1999, qui deviendra officiellement « La Fête des Lumières » en 2001.
Un autre épisode marquant a contribué à renforcer la dévotion lyonnaise à Marie : en 1870, alors que les armées prussiennes menacent la ville, les habitants se tournent vers la Vierge Marie. Le danger est écarté, et l’archevêque Mgr Ginoulhiac fait le vœu de construire un « temple » dédié à Marie. Les travaux débutent en 1872, sous la direction de l’architecte Pierre-Marie Bossan, et aboutissent à la construction de la basilique Notre-Dame de Fourvière, consacrée en 1896 et érigée en basilique par le pape Léon XIII l’année suivante.
