La Fête des Lumières de Lyon se réinvente cette année avec une programmation plus intimiste, axée sur l’humour et la narration, malgré un budget contraint. Près de 2 millions de visiteurs sont attendus pour cette 26e édition qui illuminera la ville du 7 au 10 décembre.
L’événement, dont les origines remontent à 1852 et à un acte de gratitude populaire suite au dégagement d’un ciel orageux permettant l’inauguration d’une statue de la Vierge, déploiera 23 installations lumineuses cette année, contre 32 l’année précédente. Les organisateurs ont misé sur un leitmotiv simple : « Faire plaisir. »
Le studio barcelonais Tigrelab, à l’origine de l’installation phare « Lundi c’est ravioles ! », incarne cette nouvelle approche. Loin de la course à la technologie, l’équipe a choisi de privilégier la proximité avec le public et la narration décalée. « Aujourd’hui, on est un peu revenu de la course au grand déploiement technologique. On aime être plus proche des gens, les toucher davantage par notre façon de parler que par le nombre de pixels », explique Mathieu Félix, cofondateur de Tigrelab.
L’installation « Lundi c’est ravioles ! » propose sept courts métrages, un pour chaque jour de la semaine, projetés sur les façades du musée des Beaux-Arts et de l’hôtel de ville. Réalisés en collaboration avec l’illustratrice et cuisinière Marie Negretti, ces films mêlent images réelles, créations 3D et intelligence artificielle pour célébrer des plats et traditions culinaires lyonnaises. Le lundi, la mairie se transforme en une gigantesque planche à découper où la pâte à ravioles est malaxée. Le mardi, un hommage aux mères lyonnaises, représentées comme des catcheuses intrépides. Le mercredi, une « céleri-rave-party » est à l’affiche, et le jeudi, le couscous est revisité dans un style pop art.
« Nous voulions désacraliser la gastronomie sans nous prendre au sérieux, et offrir une vision décalée et populaire de la cuisine, loin des images léchées d’Instagram », précisent les concepteurs, tout en avouant qu’ils ont essayé de « ne pas trop raconter de salades ». La durée limitée du vidéo mapping, fixée à huit minutes par les organisateurs, a contraint l’équipe à concentrer son récit.
À l’inverse, l’œuvre « Pelure d’oignon » de l’artiste Olivier Ratsi, déjà présentée dans plusieurs villes à travers le monde, offre une expérience plus immersive et contemplative. Cette projection vidéo, composée de lignes géométriques hypnotiques, joue avec la perspective et l’anamorphose. « Le spectateur fait corps avec le contenu visuel, il se retrouve projeté à travers ces réalités successives qui surgissent vers lui et l’attirent, sans que lui-même ne bouge », décrit l’artiste.
Dans un registre différent, « Aube », une structure ovoïde de 5 mètres de haut recouverte de lycra blanc brillant, imaginée par les architectes espagnols Alvaro Lopez Rodriguez et Fernando Molina, s’illumine dans le jardin de l’Instituto Cervantès. « C’est l’œuf, tout simplement – « la première architecture », glisse Fernando Molina. La lumière, à la fois révélatrice et aveuglante, symbolise un nouveau commencement.
Enfin, l’œuvre « Aperçu » de Johan Corrèze invite à une réflexion sur la perception de soi et des autres. Sur la place de la Bourse, un cube métallique illuminé de barres LED et d’ampoules suspendues explore les contrastes entre l’apparence et l’intimité. « La lumière a un côté magique. On part du noir. On vient le colorer et remplir l’espace. On peut vraiment tout dire : en fonction de la colorimétrie, de la direction, du rythme. La lumière raconte des choses très différentes », conclut l’éclairagiste.
