La répression des manifestations qui secouent l’Iran s’intensifie, avec au moins 27 morts depuis fin décembre, dont cinq mineurs, selon l’ONG Iran Human Rights. Des images diffusées sur les réseaux sociaux témoignent d’une escalade de la violence, où manifestants et forces de l’ordre s’affrontent dans plusieurs villes du pays.
Nazila Maroofian, une réfugiée iranienne en France depuis 2023, utilise son compte Instagram pour documenter les arrestations et les disparitions de jeunes manifestants. Elle publie régulièrement les noms et les photos de ceux qu’elle parvient à identifier, comme Kimia Hadadian (17 ans), Kourosh Kheiri (13 ans) et Amirhossein Karimpour (17 ans). Récemment, elle a partagé l’histoire de Sogand Mansouri (14 ans), portée disparue après avoir été touchée par balle et apparemment arrêtée à Naziabad (Téhéran) le 4 janvier.
« Cet enfant a été touché par balle et apparemment arrêté lors de manifestations à Naziabad (Téhéran) vers 20 heures le 4 janvier 2026 », a-t-elle écrit sous la photo de Sogand, ajoutant : « Elle portait une veste grise et aucune information sur son état ou sur son lieu de détention n’est disponible pour le moment… Si quelqu’un a des nouvelles d’elle, qu’il nous le fasse absolument savoir. »
Ces protestations ont débuté le 28 décembre avec des grèves de commerçants à Téhéran et dans d’autres grandes villes, initialement motivées par l’hyperinflation. Elles ont rapidement pris une dimension politique, avec des slogans appelant à la chute du gouvernement. Les manifestations se sont étendues aux universités, et de nombreux jeunes Iraniens participent désormais quotidiennement aux rassemblements.
Selon l’ONG Iran Human Rights, les forces de sécurité ont utilisé des armes automatiques, notamment des fusils d’assaut AK-47 et potentiellement des mitrailleuses, pour réprimer les manifestations dans le comté de Malekshahi, une région à forte population kurde. L’organisation a également exprimé son inquiétude quant au sort des jeunes détenus, notamment ceux incarcérés dans la prison centrale d’Ispahan.
Des témoignages font état de blessés non soignés en prison. Soroush Azarmehr (16 ans), Payam Aminzadeh (17 ans) et Saman Shahamat (16 ans) ont été arrêtés après avoir été blessés à la tête et au dos et transférés à l’infirmerie de la prison. À Qom, Soroush Javidi (17 ans) a perdu connaissance suite à une hémorragie importante, et son accès à des soins médicaux appropriés reste incertain.
Des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux montrent des scènes de confrontations directes entre manifestants et forces de l’ordre. Dans certains cas, des manifestants ont désarmé et agressé des membres des forces paramilitaires Basij. D’autres images montrent des manifestants lançant des pierres ou de l’essence sur les policiers anti-émeute, tandis que certains se mettent à genoux devant les forces de sécurité en signe de résistance non-violente.
Gholamhossein Mohseni Ejei, chef du pouvoir judiciaire iranien, a reconnu lundi le droit des manifestants à exprimer leurs préoccupations économiques pacifiquement, mais a averti qu’il n’y aurait « aucune clémence ni indulgence » envers les « émeutiers ». L’Ayatollah Ali Khamenei, guide suprême de l’Iran, a adopté une position similaire, qualifiant les manifestants d’« émeutiers » et d’« agents de l’ennemi ».
« Le 3 janvier, Ali Khamenei, le guide suprême de la République islamique, a implicitement donné un ordre de répression en qualifiant les manifestants d’« émeutiers » et d’« agents de l’ennemi » », a déclaré l’ONG Iran Human Rights, qui craint que ces déclarations ne donnent un blanc-seing aux forces de sécurité pour intensifier la répression.
À ce stade, les manifestations se sont propagées à au moins 45 villes iraniennes, principalement dans l’ouest du pays, et impliquent des dizaines à des centaines de personnes par rassemblement, selon Siavosh Ghazi, correspondant de FRANCE 24. Le mouvement gagne en ampleur, s’étend et se radicalise.
