Publié le 2025-12-09 01:40:00. Des chercheurs ont identifié des molécules prometteuses, initialement développées pour lutter contre une maladie parasitaire, qui pourraient s’avérer efficaces contre les variants du SARS-CoV-2 résistants aux traitements actuels comme le Paxlovid. Cette découverte ouvre de nouvelles perspectives pour le développement de médicaments de nouvelle génération.
- Cinq molécules, issues d’une collection de composés plus anciens, inhibent fortement l’enzyme Mpro, essentielle à la réplication du virus.
- Le composé 5b s’est révélé particulièrement puissant, même à de très faibles concentrations, et présente une bonne sélectivité, minimisant les effets secondaires potentiels.
- Cette approche innovante, consistant à revisiter des chimiothèques existantes, pourrait accélérer la lutte contre les menaces virales émergentes.
Face à la mutation continue du SARS-CoV-2, virus responsable de la COVID-19, et à l’émergence de souches moins sensibles aux antiviraux existants, la recherche de nouvelles thérapies est une priorité. Une équipe internationale de scientifiques, menée par des chercheurs de l’Université de Californie à San Diego, a exploré une piste originale : l’étude de composés déjà synthétisés, mais initialement destinés à combattre une autre maladie, la maladie de Chagas.
La maladie de Chagas, causée par le parasite Trypanosoma cruzi, est une affection potentiellement mortelle qui affecte principalement l’Amérique latine. Pour lutter contre ce parasite, des chercheurs avaient développé, entre 1997 et 2012, une série de 141 composés ciblant une enzyme clé appelée cruzain, indispensable au développement du parasite dans les cellules humaines. L’équipe de San Diego a eu l’idée de tester ces molécules contre le SARS-CoV-2, car l’enzyme Mpro, essentielle à la réplication du virus, présente des similitudes structurelles avec la cruzain.
Les résultats se sont avérés prometteurs. Cinq des 141 composés ont démontré une forte capacité à inhiber Mpro. Deux d’entre eux, désignés 1a et 5a, se sont distingués par leur puissance. Afin de confirmer leur efficacité, les chercheurs ont resynthétisé ces composés, stockés depuis plus d’une décennie, et ont également créé une version miroir du composé 5a, appelée 5b, souvent plus active que l’original.
Les tests en laboratoire ont confirmé le potentiel de ces molécules. Le composé 5b s’est révélé le plus efficace pour bloquer Mpro, même à des concentrations extrêmement faibles. Les composés 5a et 5b ont également montré une activité contre les enzymes de deux autres coronavirus étroitement liés au SARS-CoV-2, le SARS-CoV et le MERS-CoV. Un atout majeur : ces composés présentent une sélectivité élevée pour les enzymes virales, sans affecter significativement les enzymes humaines, ce qui réduit le risque d’effets secondaires indésirables.
« Ces molécules se lient à Mpro suffisamment fermement pour l’empêcher de fonctionner, mais pas de manière permanente, ce qui est une caractéristique importante pour des médicaments puissants mais plus sûrs. »
Conor Caffrey, Ph.D., directeur du Centre de découverte et d’innovation dans les maladies parasitaires à l’École Skaggs de pharmacie et des sciences pharmaceutiques de l’UC San Diego
Des simulations informatiques avancées ont corroboré ces résultats, montrant que les composés 5a et 5b se lient efficacement à Mpro sans provoquer d’inhibition permanente. De plus, ils ont démontré une faible toxicité dans les cellules de mammifères, renforçant leur potentiel en tant que candidats médicaments à un stade précoce.
Cette étude souligne l’intérêt de revisiter les chimiothèques existantes pour accélérer le développement de médicaments de nouvelle génération, un enjeu crucial face à l’évolution constante des coronavirus et à la menace de futures pandémies.
Les résultats de cette recherche ont été publiés dans le Journal d’inhibition enzymatique et de chimie médicinale.
