Home SantéUne technique d’imagerie accessible peut prédire les risques cardiaques chez les patients atteints de la maladie de Chagas

Une technique d’imagerie accessible peut prédire les risques cardiaques chez les patients atteints de la maladie de Chagas

by Sophie Martin

Publié le 4 novembre 2025. Une nouvelle technique d’imagerie cardiaque, accessible et peu coûteuse, pourrait permettre de prédire avec plus de précision le risque de complications graves chez les patients atteints de la maladie de Chagas chronique, une affection négligée touchant des millions de personnes en Amérique latine.

  • L’analyse de la déformation du muscle cardiaque lors de sa contraction (GLS) s’avère un indicateur fiable du risque de décès et de complications cardiaques.
  • L’étude, menée par des chercheurs brésiliens en collaboration avec les universités Duke et Yale, a suivi 77 patients pendant trois ans.
  • Cette technique d’échocardiographie pourrait être particulièrement utile dans les régions où le diagnostic de la maladie de Chagas est difficile d’accès.

La maladie de Chagas, causée par le parasite Trypanosoma cruzi, est une affection souvent silencieuse pendant des années, mais qui peut entraîner une cardiomyopathie chronique débilitante. Cette dernière se caractérise par un affaiblissement progressif du muscle cardiaque, pouvant conduire à une insuffisance cardiaque, des arythmies, des embolies et même une mort subite. Le diagnostic précoce et le suivi régulier des patients sont donc cruciaux.

L’étude, dont les résultats ont été publiés dans la revue Maladies tropicales négligées par le PLOS, met en avant l’indice de déformation longitudinale globale (GLS). Cette mesure, obtenue par une technique d’échocardiographie avancée appelée “strain”, permet d’évaluer la manière dont le muscle cardiaque se déforme lors de sa contraction. En suivant les mouvements de points lumineux sur l’image cardiaque (“suivi des taches”), le GLS révèle des anomalies subtiles qui peuvent précéder l’apparition de la fibrose, c’est-à-dire la formation de tissu cicatriciel dans le cœur.

Selon Minna Moreira Dias Romano, professeure à la Faculté de Médecine de Ribeirão Preto à l’USP, le GLS est un indicateur précieux :

« Lorsque le myocarde ne se déforme pas correctement, cela suggère la présence de fibrose dans le tissu. Bien que le GLS ne visualise pas directement cette fibrose, il en prédit la présence au niveau des cellules musculaires cardiaques (myocytes), signalant ainsi un risque accru de complications futures. »

Minna Moreira Dias Romano, professeure à la Faculté de Médecine de Ribeirão Preto à l’USP

L’étude a analysé les données échocardiographiques de 77 patients atteints de cardiomyopathie chagasique chronique, suivis pendant une période d’environ trois ans. Les patients ont été répartis en trois groupes en fonction de leurs valeurs de GLS, et les chercheurs ont évalué l’incidence de divers événements indésirables, tels que le décès, les hospitalisations, les tachycardies ventriculaires soutenues, les nouveaux cas d’insuffisance cardiaque et les événements cardioemboliques.

Les résultats ont démontré que les patients présentant un GLS inférieur ou égal à -13,8 % (indiquant une fonction cardiaque plus compromise) avaient un pronostic significativement plus sombre, avec un taux plus élevé de décès et de complications. Ce lien entre le GLS et le risque de complications est resté significatif même après avoir pris en compte des facteurs tels que l’âge, le sexe et la fraction d’éjection ventriculaire gauche (le pourcentage de sang pompé par le ventricule gauche à chaque battement).

Cette technique d’imagerie est déjà utilisée dans d’autres pathologies cardiaques, notamment pour surveiller les effets secondaires cardiaques de la chimiothérapie chez les patients atteints de cancer. Les chercheurs estiment qu’elle pourrait être appliquée de manière similaire au suivi de la maladie de Chagas, en particulier dans les régions où les ressources diagnostiques sont limitées.

Il est important de noter que d’autres méthodes existent pour évaluer le risque de complications cardiaques liées à la maladie de Chagas, comme le score de Rassi, développé par un chercheur brésilien. Ce score prend en compte six variables pour prédire le pronostic à long terme. Cependant, le GLS pourrait permettre d’affiner l’évaluation du risque dans les cas intermédiaires, où le score de Rassi est moins précis.

L’imagerie par résonance magnétique cardiaque avec produit de contraste (gadolinium) reste la méthode la plus précise pour détecter la fibrose myocardique, mais elle est coûteuse, peu accessible et peut être inconfortable pour les patients claustrophobes. L’échocardiographie avec GLS offre une alternative plus abordable, répétable et applicable à grande échelle.

Bien que prometteuse, la mise en œuvre généralisée du GLS nécessite une formation spécialisée pour l’interprétation des résultats. « La technique est plus complexe que les analyses de laboratoire classiques, mais elle représente une avancée significative dans la stratification des risques et le suivi de l’évolution de la cardiomyopathie chagasique chronique, offrant aux professionnels de la santé un outil puissant pour prendre des décisions cliniques éclairées », conclut Romano.

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