La fragmentation des dossiers médicaux, conséquence des déplacements de population et de la multiplicité des établissements de santé, pose un défi majeur pour la continuité des soins. Une nouvelle norme, HL7 FHIR, pourrait apporter une solution en facilitant l’échange sécurisé et standardisé des données de santé entre les différents acteurs du système.
Lors d’une récente consultation, un patient a illustré cette problématique. Son médecin, souhaitant consulter ses analyses de sang du mois précédent, a pu accéder aux résultats via son smartphone. Cependant, lorsque le patient a cherché à fournir des rapports antérieurs, il s’est heurté à une difficulté : ils étaient stockés dans une autre branche du même hôpital. Grâce à l’identifiant hospitalier du patient, le médecin a pu retrouver les informations dans le système centralisé de l’établissement.
Si cette situation a été résolue, elle soulève une question cruciale : comment garantir l’accès à un dossier médical complet et cohérent lorsque les patients changent de résidence ou de centre de soins ? Les établissements de santé disposent souvent de systèmes d’information cloisonnés, rendant difficile le partage des données. « Il est tout à fait naturel que l’établissement de soins préféré vers lequel une personne choisit de se rendre pour ses soins quotidiens change également à la suite d’un déménagement, ce qui conduit à des antécédents médicaux brisés », explique Kumar Satyam, architecte principal chez Philips et président du comité technique de HL7 Inde.
La norme HL7 FHIR (Fast Healthcare Interoperability Resources) se présente comme une réponse à ce problème. Gratuite et basée sur des standards web éprouvés, elle permet aux établissements de santé d’échanger des données de manière efficace et économique, sans nécessiter de modifications complexes de leur infrastructure existante. Contrairement aux systèmes traditionnels qui requièrent des connexions VPN ou l’ouverture de ports spécifiques, FHIR s’appuie sur des API (interfaces de programmation d’applications) standardisées et accessibles via le web.
L’adoption de FHIR en Inde apparaît particulièrement pertinente, compte tenu des spécificités du pays. La norme est flexible et adaptable, permettant de l’ajuster aux besoins locaux. Elle est également stable et bénéficie d’une communauté active de développeurs et de supporters. FHIR a d’ailleurs été intégrée au Plan national de santé numérique (NDHB) de 2019.
Cependant, la flexibilité de FHIR peut également être un défi. Pour garantir l’interopérabilité entre les systèmes, il est essentiel que les acteurs s’accordent sur le contenu des données et les opérations autorisées. Le « profilage FHIR », qui consiste à définir des règles et des standards communs, est donc indispensable. Il s’agit d’un processus collaboratif qui implique la sélection de cas d’utilisation, la définition des modèles de données, la création de profils et la validation des implémentations.
À l’échelle nationale, le profilage commence généralement par l’adaptation des spécifications FHIR aux exigences spécifiques du pays. Des initiatives locales ou régionales peuvent ensuite affiner ces profils pour répondre à des besoins particuliers, comme ceux de la santé mentale ou de la cardiologie. Cette approche par superposition permet de garantir une cohérence tout en tenant compte de la diversité des contextes.
Dans un prochain article, Kumar Satyam partagera les avancées concrètes de la mise en œuvre de FHIR en Inde. L’objectif est de susciter l’adhésion et le soutien de tous les acteurs du secteur pour relever ce défi crucial pour l’avenir des soins de santé.
