Publié le 2024-02-29. Une équipe de chercheurs a percé le mystère des excréments cubiques du wombat, révélant un système de communication olfactive sophistiqué chez cet animal marsupial solitaire d’Australie.
- Les wombats produisent des excréments en forme de cube grâce à la structure de leur intestin.
- Ces excréments servent de marqueurs olfactifs déposés sur des points stratégiques pour communiquer avec leurs congénères.
- Une étude a identifié 44 composés chimiques distincts dans les excréments, permettant potentiellement d’identifier chaque individu.
Au sud-est de l’Australie, une énigme scientifique de longue date trouve enfin sa réponse. Des chercheurs de l’Université de Géorgie, en collaboration avec des collègues australiens, ont mis en lumière le rôle crucial des excréments cubiques des wombats dans leur communication. Ces marsupiaux nocturnes, connus pour leur mode de vie solitaire, utilisent ces excréments d’une forme inhabituelle pour transmettre des informations essentielles à leur espèce.
L’étude, publiée dans le Journal of Zoology, révèle que la forme particulière des excréments n’est pas le fruit du hasard. Elle est directement liée à l’anatomie de l’intestin du wombat, qui lui permet de produire des selles cubiques. Cette forme facilite leur empilement sur des surfaces surélevées, comme des rochers ou des bûches, empêchant ainsi leur dispersion et assurant la pérennité du signal olfactif.
Les wombats à nez nu (Vombatus ursinus) sont particulièrement connus pour cette habitude. Ces animaux, qui évitent généralement les interactions sociales, à l’exception de la reproduction et de l’élevage de leurs petits, déposent leurs excréments à proximité d’éléments marquants du paysage, créant ainsi des latrines communes. Ces latrines servent de véritables points d’échange d’informations olfactives.
Selon l’Université de Géorgie, l’étude a également révélé la présence d’un organe voméronasal particulièrement développé chez les wombats. Cet organe, essentiel à la détection des signaux chimiques, leur permet de capter et d’analyser les odeurs présentes dans les excréments de leurs congénères.
Les chercheurs, dirigés par Scott Carver de l’Université de Géorgie et Kate McMahon de l’Université de Tasmanie, ont identifié 44 composés chimiques différents dans les excréments de wombat. Une analyse par chromatographie en phase gazeuse et spectrométrie de masse a permis de déterminer que ces composés, incluant des cétones, des aldéhydes, des aromatiques, des phénols, des alcools, des alcanes, des alcènes, des acides et des terpénoïdes, présentent une composition distinctive pour chaque individu.
« Nous avons pu démontrer qu’il existe des signatures chimiques individuelles – ou des odeurs individuelles – dans les excréments des wombats. Les wombats ont de bonnes structures sensorielles pour l’odorat et des mélanges chimiques individuellement distinctifs, ils peuvent donc probablement distinguer les individus. »
Scott Carver, Université de Géorgie
Les chercheurs ont également observé que les wombats passent plus de temps à inspecter les latrines contenant des excréments d’individus inconnus, suggérant qu’ils sont capables de détecter l’arrivée de nouveaux membres de la population grâce à leur odeur. Ce comportement, appelé « coïncidence des odeurs », leur permet d’apprendre le profil olfactif des nouveaux arrivants, ce qui pourrait contribuer à éviter les conflits et à maintenir une certaine cohésion sociale au sein de l’espèce.
L’étude souligne que 88,76 % des latrines analysées étaient associées à des éléments du paysage tels que des rochers ou des bûches, contre seulement 8,28 % pour les sites témoins. Les latrines ne sont donc pas de simples dépôts d’excréments, mais de véritables centres de communication.
Cette découverte ouvre de nouvelles perspectives sur la communication chimique chez les mammifères solitaires et offre un modèle précieux pour étudier comment les espèces aux habitudes discrètes utilisent les signaux olfactifs pour interagir et s’organiser socialement. Des recherches supplémentaires sont prévues pour approfondir l’analyse de l’organe voméronasal et identifier les composés chimiques associés à des traits spécifiques tels que le sexe ou l’état reproductif.
