Publié le 16 octobre 2025. Une sédation profonde, souvent pratiquée chez les patients sous ventilation mécanique, pourrait compromettre leur capacité à retrouver leur autonomie après une hospitalisation en soins intensifs, selon une nouvelle étude.
- Une sédation profonde peut augmenter le risque de perte d’autonomie chez les patients ventilés.
- Cette pratique, courante pour gérer le stress lié à la ventilation, peut entraîner une fonte musculaire importante.
- Privilégier des alternatives non sédatrices pour traiter la douleur et l’anxiété pourrait améliorer la récupération des patients.
Les patients nécessitant une assistance respiratoire en unité de soins intensifs (USI) sont fréquemment placés sous sédation profonde pour atténuer l’inconfort et le stress liés à la ventilation mécanique. Cependant, une étude récente publiée dans The Lancet Respiratory Medicine suggère que cette pratique pourrait avoir des conséquences néfastes sur leur rétablissement à long terme.
Selon les chercheurs, la sédation profonde, qui empêche les patients de bouger, favorise une perte musculaire potentiellement invalidante. L’étude révèle que les médicaments sédatifs sont souvent prescrits pour faciliter le sommeil et le repos des patients, mais pourraient paradoxalement perturber leur sommeil réparateur, essentiel à la guérison.
« Nous avons constaté que les médicaments sédatifs étaient souvent administrés pour aider les patients à dormir et à se reposer. Cependant, l’utilisation de ces médicaments peut en réalité priver le patient épuisé du sommeil réparateur dont il a le plus besoin pendant la maladie. »
Dr. Matthias Eikermann, président d’anesthésiologie à Montefiore Einstein, New York
L’étude a porté sur plus de 10 000 personnes admises dans les USI de Montefiore Einstein entre janvier 2016 et juillet 2023, toutes ayant nécessité une ventilation mécanique pendant au moins 24 heures. Plus de 70 % d’entre elles ont reçu une sédation profonde pendant leur séjour.
Les résultats indiquent que les patients ayant bénéficié d’une sédation profonde étaient moins susceptibles de retrouver leur autonomie après leur sortie de l’hôpital. En revanche, le traitement de la douleur, de l’anxiété ou de l’agitation avec des médicaments non sédatifs ou non opioïdes était associé à une légère diminution du risque de perte d’autonomie.
Les chercheurs ont également observé plus de 30 000 épisodes de détresse émotionnelle chez les patients sous ventilation. Surprenamment, un niveau élevé de détresse émotionnelle était associé à une réduction de 12 % du risque de perte d’autonomie, suggérant que le traitement de cette détresse avec des médicaments non sédatifs pourrait être bénéfique.
« Parmi les patients souffrant de détresse émotionnelle, le traitement avec des médicaments qui n’entraînent pas une sédation plus profonde était associé à un risque plus faible de perte d’autonomie. »
Auteurs de l’étude
Face à ces constats, l’équipe de Montefiore Einstein a mis en place un comité multidisciplinaire dédié à la recherche de moyens de réduire le recours à la sédation profonde pendant la ventilation mécanique. Ils espèrent que ces travaux contribueront à une meilleure sensibilisation et à l’adoption de pratiques fondées sur des preuves au niveau national.
« L’objectif ultime est d’améliorer les soins globaux aux patients et d’aider les gens à retrouver la vie qu’ils souhaitent vivre avec leurs proches. »
Dr. Matthias Eikermann
Plus d’informations sur la ventilation mécanique sont disponibles sur le site de la Cleveland Clinic.
Sources : Montefiore Einstein, communiqué de presse du 11 octobre 2025 ; The Lancet Respiratory Medicine, 11 octobre 2025.
Ce qu’il faut retenir : Les familles et les proches des patients sous ventilation devraient discuter avec l’équipe médicale des alternatives à la sédation profonde.
