Publié le 15 janvier 2026 15:31:00. L’hépatite B, une maladie infectieuse grave, pourrait connaître une recrudescence inquiétante en raison de modifications récentes des recommandations vaccinales. La petite-fille du découvreur du virus, elle-même médecin, alerte sur les conséquences potentiellement mortelles de cette évolution.
- Le virus de l’hépatite B est responsable de plus d’un million de décès chaque année dans le monde.
- Le vaccin contre l’hépatite B, découvert par le Dr Baruch Blumberg en 1965, a permis de réduire considérablement les nouvelles infections, en particulier chez les nourrissons.
- Des changements dans les recommandations vaccinales pourraient compromettre les progrès réalisés et entraîner une augmentation des cas d’hépatite B.
En 1965, une équipe de scientifiques américains dirigée par le Dr Baruch Samuel Blumberg a réalisé une découverte capitale : l’identification du virus de l’hépatite B. Cette avancée a conduit au développement du premier test de dépistage et, quelques années plus tard, du premier vaccin pour prévenir cette infection potentiellement mortelle. En 1976, le Dr Blumberg a été récompensé pour ses travaux par le prix Nobel de physiologie ou médecine, alors qu’il était en poste au Fox Chase Cancer Center de Philadelphie.
Mais au-delà de son accomplissement scientifique, le Dr Blumberg était, pour Emilie GC Thompson, médecin hématologue-oncologue à Baltimore, un grand-père, un mentor et un modèle. Aujourd’hui, elle s’inquiète : les récentes évolutions concernant les recommandations vaccinales contre l’hépatite B menacent l’héritage de son grand-père – et, selon elle, des vies pourraient en dépendre.
L’hépatite B est une infection virale qui affecte le foie et peut entraîner une insuffisance hépatique, une cirrhose et un cancer du foie. Chaque année, plus d’un million de personnes dans le monde en décèdent. Cependant, là où la vaccination est largement accessible, le nombre de nouvelles infections a considérablement diminué, en particulier chez les nourrissons et les jeunes enfants.
Le vaccin contre l’hépatite B est particulièrement crucial pour les nouveau-nés, car l’infection se transmet le plus souvent de la mère à l’enfant pendant l’accouchement. Il s’agit d’une infection transmissible par le sang, et une mère infectée, souvent sans le savoir, peut contaminer son bébé. Le vaccin, composé d’un fragment de protéine virale non infectieuse, permet au système immunitaire de reconnaître et d’éliminer le virus avant qu’il ne puisse causer des dommages.
Sans vaccination, plus de 90 % des nouveau-nés infectés développent une infection chronique à l’hépatite B, avec un risque élevé de complications graves à long terme, voire de décès prématuré. Bien que l’hépatite B chronique puisse être gérée avec des médicaments à vie, elle ne peut pas être guérie. Le Dr Thompson souligne que des décisions prises par des parents inquiets pourraient condamner des enfants à souffrir de maladies hépatiques graves – et à transmettre la maladie aux générations futures.
La vaccination n’est pas exempte de risques, comme tout traitement médical. Mais, selon le Dr Thompson, le plus grand risque réside dans l’absence de vaccination. Elle rappelle que, malgré les tentatives de discrédit de la science, il est prouvé que la vaccination est le moyen le plus efficace de protéger sa vie, celle de ses enfants et celle de la communauté.
« La vaccination sauve plus que la vie des vaccinés. C’est un acte individuel contre la propagation insidieuse d’une maladie. C’est un acte d’amour pour ajouter un bouclier au mur protégeant la communauté », insiste-t-elle. Elle dénonce également la propagation de la désinformation anti-scientifique, qui menace de priver les Américains de leur devoir civique de protéger les autres.
Le Dr Blumberg, en 1976, avait pris une décision remarquable : il a rendu public le brevet nécessaire à la production du vaccin contre l’hépatite B, privilégiant ainsi l’intérêt général à son propre enrichissement. Il voulait permettre à toutes les entreprises pharmaceutiques de produire le vaccin à moindre coût et de le rendre accessible à l’échelle mondiale, suivant ainsi l’exemple de Jonas Salk, l’inventeur du vaccin contre la polio.
Le Dr Thompson, diplômée du Columbia Vagelos College of Physicians and Surgeons en 2021 – soixante-dix ans après son grand-père – a été confrontée à la réalité de la pandémie de Covid-19 lors de sa résidence en médecine interne à Philadelphie. Elle a vu des patients mourir de souffrances évitables, refusant le vaccin par peur. Cette expérience a renforcé sa conviction de l’importance de la vaccination et de la nécessité de lutter contre la désinformation.
Elle se souvient de l’humanité et de l’intérêt sincère que son grand-père portait à chaque personne qu’il rencontrait. Il avait voyagé à travers le monde pour collecter des échantillons de sang auprès de populations diverses, travaillant avec des missions médicales et des scientifiques sur le terrain. Il apportait avec lui des antibiotiques, des pansements et des vaccins, et en échange, les populations locales lui confiaient leur sang.
« Je ne peux qu’espérer gagner la confiance de mes patients à une époque où, peut-être plus que jamais, ils sont prêts à se méfier du système médical », conclut le Dr Thompson.
Elle exprime sa foi inébranlable dans la capacité des Américains à se protéger et à protéger leur communauté, tout en reconnaissant les défauts de leur pays. Elle est convaincue que son grand-père ne perdrait pas espoir dans leur volonté de faire ce qui est juste.
Emilie GC Thompson est médecin et hématologue-oncologue à Baltimore.
