Publié le 30 novembre 2025. Les autorités sanitaires australiennes ont émis une alerte concernant un possible lien entre certains médicaments utilisés pour la perte de poids, dont l’Ozempic, et des troubles de santé mentale, allant de la dépression aux idées suicidaires.
- L’Agence australienne des produits thérapeutiques (TGA) a standardisé les étiquettes de plusieurs médicaments après avoir examiné des signalements d’idées suicidaires.
- Les médicaments concernés sont le sémaglutide (Ozempic, Wegovy), le liraglutide (Saxenda), le dulaglutide (Trulicity) et le tirzépatide (Mounjaro), utilisés par environ 500 000 Australiens.
- Bien qu’aucun lien de causalité direct n’ait été prouvé, la TGA recommande aux professionnels de santé d’évaluer les antécédents de santé mentale des patients avant de prescrire ces traitements.
L’alerte de sécurité, publiée le 30 novembre 2025, fait suite à l’examen de 72 signalements d’idées suicidaires, dont six cas liés à la dépression ayant conduit à des tentatives de suicide (quatre) et à des suicides réussis (deux) jusqu’en septembre 2025. Cette décision intervient après que l’Agence européenne des médicaments (EMA), la Food and Drug Administration (FDA) américaine et l’Organisation mondiale de la santé (OMS) aient également identifié des signalements similaires concernant le sémaglutide, en nombre supérieur à ceux observés avec d’autres médicaments antidiabétiques.
Le Comité consultatif sur les médicaments (ACM) de la TGA a conclu qu’il n’existait pas de preuve formelle d’un lien direct entre ces médicaments et les effets indésirables signalés. Cependant, il a reconnu que l’obésité et le diabète, conditions pour lesquelles ces médicaments sont souvent prescrits, peuvent être associés à des vulnérabilités en matière de santé mentale. Une étude de l’OMS datant de 2024 a révélé une augmentation des signaux d’alerte, conduisant à la standardisation des étiquettes des produits.
La Dre Terri-Lynne South, de la Royal Australian College of General Practitioners (RACGP), souligne que les personnes souffrant déjà de dépression, d’anxiété ou suivant un traitement antidépresseur pourraient être plus susceptibles de ressentir ces effets indésirables. Elle explique que les changements d’humeur observés lors d’une perte de poids rapide peuvent être comparables aux effets psychologiques de la chirurgie bariatrique. La TGA exige désormais que les professionnels de santé évaluent attentivement les antécédents de santé mentale des patients avant de débuter un traitement à base d’agonistes des récepteurs GLP-1.
Ces médicaments GLP-1 agissent en imitant les hormones intestinales, ce qui permet de réduire l’appétit, de ralentir la vidange gastrique et d’améliorer la régulation de la glycémie. En 2023-2024, plus de 2 millions d’ordonnances de sémaglutide ont été délivrées en Australie, avec une augmentation des prescriptions pour la perte de poids, en partie due à la promotion sur les réseaux sociaux. Les effets secondaires courants, tels que les nausées et la fatigue, peuvent exacerber les symptômes d’anxiété chez certains patients.
Des recherches suggèrent que ces médicaments pourraient influencer les systèmes de récompense dopaminergiques du cerveau, entraînant des modifications de l’humeur. La TGA a également émis une alerte spécifique concernant le Mounjaro, signalant que les patientes pourraient constater une diminution de l’efficacité de leur contraception orale en cas de modification de la posologie.
Les patients ont rapporté divers problèmes de santé mentale, notamment de l’anxiété, des crises de panique et un sentiment d’apathie, ainsi que des pensées d’automutilation. Ces symptômes semblent être liés aux effets secondaires gastro-intestinaux et aux changements d’image corporelle résultant d’une perte de poids rapide. Une analyse de la FDA portant sur 489 événements psychiatriques indésirables chez des patients américains traités au sémaglutide a été menée. Bien que l’incidence globale de ces effets indésirables reste faible selon les essais cliniques, les populations vulnérables présentent un risque accru.
Il est important de noter que le nombre réel d’événements indésirables dans la pratique clinique pourrait être plus élevé que ce qui est détecté lors d’essais cliniques, car les études de petite taille peuvent ne pas identifier les événements rares. Les utilisateurs sont donc encouragés à surveiller attentivement les signes de dépression, les comportements inhabituels et les pensées suicidaires.
Les résultats des recherches sont cependant contradictoires. Une étude publiée dans le JAMA Internal Medicine a évalué quatre essais cliniques sur le sémaglutide et a révélé que les événements psychiatriques indésirables se produisaient à des taux comparables à ceux du placebo chez les participants sans antécédents de troubles mentaux. Cette recherche suggère que les médicaments GLP-1 pourraient même améliorer la santé mentale des patients obèses en réduisant les symptômes de dépression et d’anxiété grâce à la perte de poids. Dans l’ensemble, les bénéfices potentiels pourraient donc dépasser les risques pour la plupart des patients.
Cependant, une étude publiée dans Scientific Reports a établi que les médicaments GLP-1 pourraient augmenter le risque de dépression, d’anxiété et d’idées suicidaires en raison de leur impact sur le système dopaminergique. Compte tenu de ces résultats contradictoires, la TGA maintient une position prudente et appelle à des études supplémentaires.
Les patients prenant ces médicaments, ou tout autre, doivent informer immédiatement leur médecin en cas de changements d’humeur, de symptômes de dépression ou de pensées d’automutilation. Une évaluation complète des risques et une surveillance continue sont nécessaires pour les patients présentant des problèmes de santé mentale préexistants. En cas d’idées suicidaires, il est impératif d’arrêter le traitement et de consulter immédiatement un professionnel de santé. Une approche combinant médicaments, exercice physique, régime alimentaire et thérapie est susceptible d’offrir les meilleurs résultats à long terme. Des évaluations annuelles de la santé mentale sont également recommandées pour garantir la sécurité des patients.
Avertissement : cet article est fourni à titre informatif uniquement et ne constitue pas un avis médical.
